Dans les yeux de Lisa

Dans les yeux de Lisa

Dans les yeux de Lisa

 Claudine Charriau

 

C’est le printemps, je rentre chez moi. Je m’appelle Lisa Roche .J’ai vingt huit ans et toute la vie devant moi

J’ai hérité de ma Maman une petite maison juste au dessus du port de la Meule, un petit pécule qui m’a permis d’envisager quelques travaux de rénovation et je vais enfin en voir le résultat .Ma grand- mère maternelle habite à quelques maisons de là et j’espère retrouver mon amie d’enfance Isabelle qui n’a jamais répondu à toutes les lettres que je lui ai envoyé depuis mon départ.

Je frappe au carreau de la porte d’entrée de Mamie Marie, j’ai le cœur qui bat la chamade .Elle est là et me tend les bras .Je sens qu’elle pleure et moi je n’en suis pas loin non plus .Elle me serre fort dans ses bras.

« Ma chérie, ma petite Lisa comme tu es belle, viens que je te regarde, tu ressemble beaucoup à ta maman mais tu as les mêmes yeux que ton père. As Tu fais bon voyage, je suis si contente que tu te sois décidé à venir avec ton petit nid qui t’attend, j’ai veillé avec beaucoup d’attention sur les travaux .Veux tu un café ou un thé, des crêpes, je viens d’en faire, tu aimais ça quand tu étais petite ? Mais je ne te laisse pas parler, excuse moi, je suis tellement heureuse, mon petit cœur. »

C’est une petite femme mince avec de jolis yeux bleus vert comme sa fille, un petit air malicieux, maman était tout son portrait .Elle a pris quelques rides, ce n’est vraiment pas étonnant quand on perd sa fille unique.

On s’installe l’une en face l’autre dans la cuisine. Je vois le jardin, il est comme dans mon souvenir avec des fleurs multicolores partout, une petite terrasse et un coin de pelouse bien tondue. Nous prenons notre petit déjeuner en parlant de tout et de rien .Avec un petit sourire en coin, elle me tend les clefs de ma maison.

« Les clefs de ton paradis, ma Chérie, en espérant qu’elles t’apportent le bonheur. Au fait, j’allais oublier le notaire m’a remis une lettre pour toi. Je t’ai fait quelques courses que tu trouveras dans le frigo. »

Pourquoi semble-t-elle si triste en me disant cela ?

Je pense qu’elle va m’accompagner, mais non, elle reste sur le pas de sa porte et me fait un petit geste de la main toujours avec son joli sourire.

Me voila en face de La maison ou j’ai passé toutes mes vacances de ma naissance à mes dix huit ans .Elle est beaucoup plus belle que dans mes souvenirs .Elle est blanche avec des volets bleus, c’est une ancienne maison de pêcheur. J’aime beaucoup cette couleur qui me rappelle la mer. Maman avait planté du chèvrefeuille et des clématites sur les murs tout autour du jardin .Mamie a du les tailler .On dirait vraiment le jardin d’éden .Maman avait gardé cette maison en me disant qu’elle serait à moi plus tard .Pendant ces dix années d’absence, elle la louait, une agence immobilière s’en occupait.

Je rentre défaire ma valise et la malle que j’avais fait envoyer quelques jours auparavant. Je mets les vêtements dans le placard de ma chambre .J’ ouvre la malle, elle contient tous mes trésors :

Un tableau avec la carte de l’ile d’Yeu ou ma mère avait fait quelques dessins des sites de l’ile, la Citadelle, le Vieux Château, la pierre qui bouge, la petite chapelle du port de la Meule, le phare de la pointe des corbeaux, le phare des Mariés et tout cela de mémoire car je l’ai vu dessiner quand nous étions fort loin d’ici.

Des photos de nous trois dans des paysages très différents, ici en Afrique, là en Grèce encore ici en Thaïlande etc. Etc.

Un vieux sextant en cuivre, des cartes marines de tous les coins du monde ainsi qu’une lampe tempête ayant appartenu à mon père.

Papa était diplomate et j’ai énormément voyagé avec eux .Maman a fait les beaux arts à Paris ou ils se sont rencontré à une soirée chez des amis communs .Elle a été séduite tout de suite par lui ce qui s’appelle un coup de foudre .Je ne suis pas sure que pour lui ce fut le même sentiment .Une chose est sure par contre c’est que Papa s’est senti investi d’une mission de protection quand j’ai montré le bout de mon nez. Elle a laissé tomber ses études quand elle a été enceinte de moi. J’ai beaucoup de dessins d’elle. Il faudra que je m’occupe de les faire encadrer. Il y en a de très beaux .Des portraits de moi et papa ainsi que des personnes rencontrées au hasard de nos déplacements, des paysages à couper le souffle.

Il est treize heures déjà, le temps passe vite .J’ai un peu faim. J’ouvre le frigo, il est rempli de bonnes choses, merci Mamie. Il y a même du pain frais sur l’évier. Je mange un petit encas sur le pouce. Je sors mon ordinateur portable de ma valise .Je l’allume mais il ne veut rien savoir .Il reste noir .Il faudra que je trouve quelqu’un qui pourrait m’aider.

On frappe doucement à la porte .C’est la fin de la soirée, je n’ai pas vu le temps passé. C’est Mamie :

« Alors, ma chérie, comment trouves tu ta maison .Est ce que tu la trouve à ton gout, les artisans je crois, on vraiment bien travaillé ? »

« Oui, Mamie, elle est magnifique. C’est un vrai petit nid .Elle est même beaucoup mieux que je ne l’avais imaginé .Tu sais je me sens enfin vraiment chez moi »

« Je suis heureuse que ça te plaise lorsque tu m’as envoyé les plans, je pensais que la mise en œuvre serait beaucoup plus compliqué mais j’ai trouvé des artisans très sérieux qui se sont investis, c’est vrai que c’est très beau. Ce soir, j’ai invité les voisins, Maryse, Henry, et leur fils Antoine. Il est en vacances en ce moment sur l’ile .Tu te rappelles Antoine ? Est-ce que tu veux venir diner avec nous ? »

«Bien sur, Mamie, ce sera avec grand plaisir .Je me souviens très bien d’Antoine, il était très protecteur avec sa petite sœur Myriam .Isabelle et moi, on la taquinait avec ça .On était vraiment inséparables toutes les trois .Qu’est-ce qu’il fait maintenant ? »

« Je crois qu’il est dans l’informatique à Paris mais je ne suis sure de rien, tu sais je perds un peu la carte mais ce n’est pas grave »

«Il pourra peut-être m’aider à installer mon ordi .Je n’arrive pas à l’allumer. » « Alors, tu viens ce soir manger avec nous ? On compte sur toi ? »
« Oui, Mamie pas de problème »

« Il faut que je me sauve, j’ai encore des choses à préparer pour ce soir .Alors à tout à l’heure. » « A ce soir »

Le diner, hier soir, c’est très bien passé .Nous nous sommes quittés vers minuit. Quand je suis arrivée Maryse m’a regardé comme si j’étais un fantôme .Elle s’est vite détendue, Mamie avait préparé un cocktail de sa composition avec du rhum .C’est une tradition le rhum pour les ogiens et ogiennes qui remonte aux commerces avec les iles des caraïbes. Nous avons beaucoup discuté. Myriam s’est mariée avec son amour de jeunesse Eric, un Nantais qui venait passé ses grandes vacances sur l’ile chez ses grands-parents à coté de la pointe du Porteau .Ils ont eu une petite fille qui a deux ans et qui s’appelle Lisa. J’en suis toute émue .Antoine avait des photos de sa nièce sur son i phone .Elle est vraiment adorable avec ses boucles blondes et ses fossettes comme sa maman. J’espère la revoir l’été prochain.

« Et Isabelle, Qu’est- ce qu’elle est devenue ? » Il y a eu un blanc et Henry me dit :

« Elle n’a jamais vraiment quitté l’ile, elle a fait des études à Nantes puis elle est revenue et elle a repris l’agence immobilière de son père à port Joinville, tu sais, à l’angle de la rue qui descend à l’embarcadère .Elle habite à Saint Sauveur, rue des gaufreuses, au Quatre, je crois. Ses parents n’ont pas bien supportés la venue du bébé sans père, mais elle n’a jamais cédé, elle n’a rien dit .Je pense que le père de cet enfant est inconnu au bataillon .Depuis ce temps là, elle s’est drôlement calmée Isabelle peu ou pas de petits copains, pourtant elle n’a que l’embarras du choix, n’est ce pas Antoine ?»

«Oh ca va, j’essaye de l’aider comme je peux. C’est vrai que je la trouve très belle, attachante et j’aime beaucoup sa petite Alice, elle me surprend toujours avec ses réflexions de grande personne .Je suis très attaché à elles. Papa, qu’est-ce que tu es mauvaise langue, on dirait les vieilles qui vont à la messe tous les dimanches, tu parles sans rien savoir »

« Ça y est, on touche à sa chère Isabelle ; mais elle ne t’a jamais regardé, je te signale »
Et Maryse de répondre en défendant son fils « Arrête, Henry, ne soit pas méchant, s’il te plait. » Moi « Ah bon, elle a eu un enfant, un garçon ou une fille ? »

Maryse reprend « C’est une fille, elle s’appelle Alice .Elle est adorable cette gosse .C’est vraiment le portrait de sa maman avec des yeux d’une drôle de couleur un peu comme les tiens Lisa .Isabelle et son père sont souvent en conflit .je crois qu’elle est vraiment malheureuse .ils étaient très proche tous les deux .C’est lui qui vous avait appris à pécher les patagos , vous alliez avec lui sur son bateau et vous nous rameniez des tas de maquereaux à la fin je n’en pouvais plus d’en manger »

« Elle qui rêvait de voyager, ça n’a pas du être facile. Je crois qu’elle enviait ma vie et mes voyages avec mes parents alors que moi, j’aurais tellement préféré rester ici, sur l’ile, comme quoi rien n’est jamais simple dans la vie. »

Je n’ai pas vu passer la semaine qui a suivi, les démarches pour la maison, mon installation, le rangement et toutes les petites choses de la vie courante

Aujourd’hui, j’ai envie de sortir, je crois que je vais aller sur la plage des vieilles ramasser des patagos .Je prend un seau et un petit râteau, direction les vieilles, j’ai pêché une bonne cuisine comme on dit ici. Il faut que j’aille chercher de l’ail et de la crème fraiche. Je vais inviter Mamie à diner ce soir.

Je suis au super marché quand quelqu’un me tape sur l’épaule, c’est Antoine et son grand sourire, il me dit :

« Salut, Lisa, comment ça va depuis l’autre soir ?tu t’installes dans ta nouvelle vie ? »

« Oui ça va, j’ai oublié de te demander, tu t’y connais en informatique ? Mon ordi ne veut rien savoir »

« C’est ma spécialité, quand veux tu que je passe ? »

« Qu’est ce que tu fais ce soir ? Parce que j’ai ramassé des patagos pour un régiment si ca te dit viens diner avec nous, je pense que Mamie sera là . »

« C’est d’accord, j’apporte le dessert, je suis un professionnel de la tarte aux pruneaux, tu m’en diras des nouvelles A ce soir »

Je vais acheter une araignée de mer, la décortiquer et faire une salade avec des tomates et des œufs durs, de la salade verte, des échalotes et du persil de mon jardin .Du thon fumé pour l’apéro .Un menu typiquement de l’ile d’Yeu pour mes invités ce soir

Je mets la table dehors. Je retrouve les nappes, les verres à pieds, les assiettes, les plats qui appartenaient à ma mère .Elle avait très bon gout tout est assorti en blanc et bleu. On frappe à la porte, c’est Mamie et Antoine .Elle est radieuse. Il lui donne le bras. Ils sont beaux comme tout. Mamie me tend des fleurs multicolores et Antoine une jolie tarte aux pruneaux qui sent divinement bon. Elle sent le rhum et la cannelle comme dans mes souvenirs, Mamie en faisait souvent le dimanche pour la famille.

« Tiens, ma chérie, je les ai cueillies pour toi pour fêter ton arrivée chez nous et pour te dire combien j’en suis heureuse, tu m’as tellement manqué »

« Merci, beaucoup Mamie, elles sont superbes .Toi aussi, tu m’as manquée, je vais voir si j’ai un vase. Installez-vous dans le jardin .On a de la chance, il fait beau »

.Nous passons une charmante soirée. On rit beaucoup .Antoine est un compagnon plein d’humour et Mamie et moi sommes bon public. Il installe mon ordinateur après quelques essais infructueux, miracle ca marche .Ils me complimentent sur mon repas .On se sépare en se disant qu’il faudra remettre ca.

Maman et Papa sont décédés dans un accident d’avion. Il y a six mois. C’ est mon père qui
pilotait. Apparemment ,il y a eu un orage dans le désert marocain .Les débris de l’avion ont été retrouvé avec les corps de mes parents .Papa était en poste à l’ambassade du Maroc .Ils s’apprêtaient à rentrer en France .Tout était prêt pour le déménagement .J’ ai tout entassé dans un garde meubles à Nantes .Mon père était natif du Pays Nantais et ma mère était ogienne .Maman était une petite femme mince ,sportive, avec des cheveux blonds bouclés et des yeux bleus verts . Je lui ressemble i mais je suis plus grande et j’ai les yeux de mon père ,la forme et la couleur : bleus lagon .Papa était grand , athlétique ,la peau mate et très charismatique .C ‘était un très bel homme .Leurs morts m’a brisé

Je commençais ma vie de femme à Lyon, j’avais rencontré Tom à un concert deux ans plus tôt .Il faisait des études de journaliste et moi d’architecte .Nous avons très vite emménagé ensemble mais je me suis aperçu rapidement que je ne lui suffisais pas. Il avait des aventures à droite à gauche .Au moment de la mort de mes parents, j’ai décidé de le quitter et de rentrer sur l’ile d’Yeu pour retrouver mes racines .Pour moi c’est du passé. J’ai tourné la page.

Je n’ai toujours pas ouvert la missive de Maitre Rioux mais il attendra, je n’ai pas la tète aux papiers administratifs, je vais laisser passer un peu de temps, j’ai besoin de me ressourcer et me reposer dans cet environnement si calme .Tous les jours, je prends mon vélo et je pars sur les chemins de mon enfance

Je fais le tour de l’ile en commençant par la cote sauvage, la pointe des corbeaux .Il ya un vieux gréement qui passe juste derrière. Une très jolie photo .Je passe la pointe du Châtelet et de la tranche. Le paysage est très coloré, il y a des fleurs sauvages partout des camaïeux de violets , de roses, de bleus, c’est magnifique, j’arrive au port de la Meule et grimpe jusqu’à la chapelle .J’adore cet endroit, je me sens très sereine là haut. Je longe le Vieux Château et passe devant les plages de Belle Maison, l’anse des Fontaines, les Sabias, les Soux, et enfin les Vieilles .Je crois que je vais m’offrir une petite bière au bar de Saint Sauveur.

Je suis passée par des chemins creux et je viens de me rendre compte que mon vélo est crevé, je n’ai rien pour réparer. Tant pis pour la bière, je vais rentrer à pieds.

J’entends « Alors, Miss, vélo crevé, voulez vous de l’aide ? !!! Je me retourne « Lisa ? C’est bien toi Lisa ? »

.Un grand jeune homme brun avec des yeux rieurs et noirs me sourit .Il me dit quelque chose .Mais impossible de le reconnaitre, pourtant je connais ce regard et ce sourire moqueur.

« Je vois bien que tu ne me remets pas .Brice, tu sais celui qui t’embêtait dur .Tu sais bien le petit con qui vous faisait toutes sortes d’embrouilles à toi et tes copines »

« Ah oui, j’y suis. Eh bien dis donc tu as beaucoup changé .Je ne t’aurais pas reconnu. Si tu peux m’aider ce ne sera pas de refus. »

«J’ai changé tant que ça ?, tu sais la vie ne nous fais pas toujours de cadeaux j’ai sans doute vieilli. Moi, je t’aurais reconnu entre mille !si tu veux, j’habite à deux pas d’ici, Rue notre dame de la blanche, tu vois ou c’est, juste derrière l’église, je peux peut-être t’aider à réparer ton vélo»

«Je ne voulais pas dire que tu avais vieilli, tu as muri c’est tout, Non, ça ne me dit rien du tout mais je te suis »

Brice a réparé mon vélo vite fait bien fait dans son garage. On a parlé du bon vieux temps .On s’est rappelé nos bêtises. On en a fait quelque unes quand même, il y en a que j’avais complètement oubliées, il a une très bonne mémoire .Il y en avait des fabuleuses comme la fois ou on avait fait le tour del’ile avec la quatre L de Ferdinand à quatorze ans, on avait ri comme des fous.Qu’est ce qu’on c’était fait gronder par nos parents respectifs. Je lui ai proposé de venir au café avec moi .On a pris deux bières et on c’est un peu raconté nos vies .Il était désolé d’apprendre pour mes parents .Il m’a dit qu’il les trouvait très sympa. Surtout, ma mère qui apparemment lui avait tapé dans l’œil .Du coup on est sorti tard du café.

« Si tu veux, on peut se faire un casse -croute à la maison, mais il ne faut pas que tu regardes trop le ménage, tu sais c’est une maison de célibataire ! Si ca te dit on y va ?»

« Ok, après tout, personne ne m’attend »

Il a sorti des tas de trucs de son frigo et finalement on a très bien mangé .Je me suis aperçu que Brice était un des artisans qui a réparé ma maison. Je l’ai félicité en lui disant que je la trouvais vraiment belle, Il était heureux .Il m’a expliqué toutes les difficultés qu’il a rencontré pour mettre en place son chantier .On s’est quittés vers trois heures du matin. Il m’a ramené chez moi en voiture avec mon vélo dans le coffre .On a rit car il a une quatre L qu’il a entièrement retapé. On a repensé à Ferdinand, le grand père d’Isabelle.

Ce matin, je me suis levée tard .Cela fait déjà dix jours que je suis arrivée .Je crois qu’hier soir on a un peu trop bu .Mais c’était vraiment sympa .Je me suis décidée à téléphoner à Maitre Rioux .J’ai rendez-vous cet après midi à 16 heures .Je passerai voir avant si Isabelle est à l’agence .Je n’ai pas pris le temps de passer la voir avant, peut-être un peu d’appréhension après dix ans d’absence. J’arrive à port Joinville à 13 heures30. Je vais me chercher un sandwich et une boisson à la mie câline et je m’installe sur un banc en face du port .Je rêvasse en regardant les bateaux. Je me décide à entrer dans l’agence mais il n’y a personne à l’accueil .J’appelle et j’entends un « Oui, j’arrive, une minute » .Je patiente donc .Quand elle rentre dans la pièce, Isabelle, a un temps d’arrêt. Je sens comme une grande gène.

Isabelle, ma très chère Isabelle, toujours aussi magnifique avec sa chevelure brune et frisée, ses yeux clairs, son teint de pèche, et ses longues jambes, je comprends ce que voulait dire Henry quand il disait qu’elle avait l’embarras du choix et que Antoine n’était pas insensible .Elle a toujours été très belle et en plus pour ne rien gâcher très fine mouche.

« Alors, on ne reconnait plus les vieilles copines » .Je m’élance pour l’embrasser mais la gène est toujours là.

« Eh bien, alors tu ne me reconnais pas ? »

« Si, si Lisa, Mais ça me fait tout drôle .ça fait combien de temps ? Dix ans c’est ça ? Alors te voir là devant moi comme ça sans t’annoncer, admets que je peux être étonnée, j’ai croisé ta mamie, il y a quelques semaines qui m’a dit que tu faisais refaire votre maison de vacances, c’est l’agence qui s’occupait de gérer la location de cette charmante maison .Au fait, Lisa, je suis vraiment désolée pour tes parents, je les aimais vraiment beaucoup. »

Et là, à cet instant, je retrouve mon amie Isa .Elle me prend dans ses bras et nous pleurons toutes les deux .C’est comme ça que sa secrétaire nous trouve quand elle rentre dans l’agence. Elle va nous chercher un café et nous séchons nos larmes .Mais, elle a un rendez vous à quinze heure avec des clients .Nous échangeons nos numéros de téléphones.

Je pars faire un tour sur le port de plaisance en attendant l’heure de mon rendez vous. Papa a eu un bateau ici, je me remémore beaucoup de souvenirs, avec lui, avec Maman, avec les filles et avec Mamie aussi .Un Bénéteau océanis 400, si mes souvenirs sont bons avec trois cabines .Quand papa était en vacances, on partait tous en croisière .On faisait du cabotage d’ile en ile .C’était merveilleux .On s’amusait énormément.

.J’arrive à l’office notarial .Une secrétaire me dit de patienter, elle va prévenir maitre Rioux de ma présence .Il arrive, C’est un monsieur d’âge mur avec des cheveux blancs, un grand sourire que je précède dans son bureau .Il m’explique qu’il a des papiers à me faire signer à propos de l’héritage. Mon père possédait un appartement à Nantes dont je n’avais jamais entendu parler et apparemment qui me revient dans la succession puisque je suis fille unique .Il me remet une lettre de ma mère à lire à condition que mon père soit parti aussi .Il me dit qu’il y a une grosse somme d’argent sur un compte appartenant à mon Père .Il me donne une petite clef avec une adresse de banque à Nantes. Je sors de l’étude avec tous ces papiers en mains .Je rentre chez moi et m’installe confortablement dans le jardin pour lire la missive adressé par ma mère :

A l’Ile d’Yeu le 13 Aout 2004
Ma Chérie,

Je ne sais pas quel âge tu as mais en tout cas, je suis sure que ton Père et moi sommes partis .Je t’écris cette lettre pour te faire part d’un secret, dont je ne suis pas fière .Tu ne t’es jamais posée de question au sujet de notre départ précipité de l’ile d’Yeu en Aout 2004.Bien sur tu nous as pressé de revenir sur l’ile mais sans plus .Tu étais une jeune fille insouciante et comblée .Tu n’as jamais chercher à savoir .

Je ne sais pas par ou commencer .Cette année 2004 a été la pire de ma vie peut être que si tu es amoureuse, tu comprendras .J’ai perdu beaucoup de choses cette année là .Ton père a toujours eu un faible pour les jolies femmes, c’était un grand séducteur mais je l’aimais passionnément.

, Cette année là, il a eu une aventure avec une jeune femme mais cette fois ci cette jeune femme est tombée enceinte et elle ne voulait pas avorter .Ton père a eu peur, il m’en a parlé et nous nous sommes sauvés en t’embarquant avec nous .Mais j’ai gardé des contacts avec ta grand-mère qui n’a jamais été dupe et me tenait au courant de ce qui se passait ici .Cette femme a accouchée d’une petite fille. Je ne sais pas comment tu vas prendre ça quand Je vais te dire l’identité de cette femme mais ne lui en veux pas .Ton père était très séduisant et impressionnant par sa culture, toutes les femmes qu’il a approchée ont eu un faible pour lui, qu’elles aient été jeunes ou vieilles. Cette jeune femme c’était Isabelle, ton amie Isabelle. Nous avons participé du mieux qu’on a pu à l’éducation de sa fille qui se nomme Alice. Tous les ans, nous lui envoyons de quoi l’aider à élever son enfant. J’espère qu’elles vont bien toutes les deux .Voilà tu connais le fin mot de l’histoire .Mais ma Chérie sache que nous t’avons tous les deux aimé très fort .Ton Père peut être encore plus que moi .Il t’adorait ,tu étais l’amour de sa vie !Il s’en ai voulu et après cet épisode il ne m’a plus jamais trompé .j’ai été vraiment très heureuse avec vous deux, ne crois pas que j’ai eu une vie de souffrance .Mon grand regret est de ne pas avoir revue ma mère .Je sais qu’elle n’a pas pardonné à ton père ces évènements et qu’elle a toujours veillé sur Alice et Isabelle .Je pense qu’Isabelle n’en a rien dit à personne Elle ne nous en a pas voulu ,j’espère que tu feras de même .Ta mère qui t’aime et t’aimera toujours .

Ta maman Caroline

 

J’ ai laissé tomber la lettre à coté de la balancelle, Je n’en reviens pas, Je suis bouleversée quand je repense à tout ce qui c’est passé, Je n’ai vraiment rien vu .Mais finalement tout se met parfaitement en place .Les regards de mamie, la gène d’Isabelle, oui, vraiment quelle idiote je fais, Trop naïve sans doute. Il faudra certainement quelque temps pour que j’arrive à enregistrer tout cela .La vie continue .

Quelques jours se passent mais il faut que je parle de tout ça à quelqu’un .Je vais voir Mamie, il n’y a qu’elle pour écouter ce que je ressens .Elle m’ouvre la porte .Elle me dit :

« Qu’est ce qui ne va pas ma Lisa ? »Je lui annonce que j’ai été chez le notaire .Là je vois son visage changer d’expression « Oh, ma Chérie, tu es au courant !! »

« Tu sais, Mamie, je pense au fond que j’ai toujours su qu’il y avait quelque chose d’étrange au fait que ni Papa ni Maman ne veuillent revenir sur l’ile mais aucun de nous n’en a jamais parlé. Je ne juge ni Papa, ni Isabelle et surtout pas Maman .Ils ont été des parents formidables, Isabelle est une amie très chère et cette petite Alice, j’aimerais beaucoup la rencontrer, peut être lui parler de son papa .Tu crois cela possible. »

« Je pense qu’Isabelle en serait très heureuse, toute cette histoire lui pèse et Alice pose de plus en plus de questions qui n’ont pas de réponses .Je pense que tu pourrais les aider .Tu sais son père et sa mère ne s’en sont pas remis non plus. Sa famille a besoin d’aide .Je suis très fière de toi, de ta réaction »

« Je l’ai vue, Isabelle, je suis passée à l’agence, c’est vrai que je l’ai trouvé très froide mais je comprends mieux toutes les émotions que j’ai remarqué sur son visage .Bon, je crois que j’ai des choses à faire .Tout d’abord, je vais aller à Nantes, chercher les papiers de papa et voir cet appartement »

Mamie me répond « c’était l’habitation de ses parents, qui sont mort jeunes, il n’a jamais voulu s’en séparer .Je crois qu’il avait de bons souvenirs d’eux dans cette maison .Ils sont décédés à un ou deux mois d’intervalle de maladie, ton père n’avait que vingt ans. »

Le lendemain me voilà sur le bateau, j’ai une grosse surprise .Brice fait la traversée avec moi .En fait il va lui aussi à Nantes pour des commandes de matériaux. Je lui propose de l’emmener en voiture

.Nous allons chercher ma voiture .Je suis contente, faire la route seule ne me plaisait pas beaucoup .J’ai envie de parler et je me sens en confiance avec lui mais est ce que j’ai le droit de lui révéler des secrets aussi intimes pour moi ,Isabelle et Alice .Je pèse le pour et le contre et je me lance . Il ne parait même pas surpris des évènements que je lui raconte

« Tu sais quand je voyais Isabelle avec Alice, elle me rappelait une jeune Lisa que j’avais bien connu, il y a quelques années, alors les déductions sont allées vite, mais je pense que sur l’ile beaucoup de gens ne se rappelle pas de ton père et de ses yeux si particuliers »

Nous décidons de nous retrouver plus tard sur la place Graslin. A la banque, on me précède à la salle des coffres, j’ouvre le tiroir, dedans il y a des clefs, une photo, une montre à gousset, et une lettre, je m’assois pour la lire.

Ma Lisa, l’amour de ma vie

J’espère que tu me pardonnes pour toute cette histoire, je m’en veux pour vous quatre, je pense que ce que tu feras de tout çà, sera pour le mieux .Je te fais une grande confiance .Isabelle et moi cet été là, on s’est vraiment aimés, mais je n’ai pas eu le courage d’assumer mes actes .Je ne le regrette pas car j’ai passé de très belles années avec ta mère et toi.

Je t’aime ma Lisa n’en doute jamais
Ton Papa Benjamin

Adresse de l’appartement : 15 rue Crébillon juste à coté de la banque

La photo représente Papa et Isabelle sur une plage, ils ont l’air heureux .La montre a aussi une photo mais celle là, c’est nous trois en famille heureux aussi. Je rends la clef du coffre .On me donne tous les papiers du compte en banque, Il ya une petite fortune .Je me rends à l’appartement .C’est vraiment un très bel appartement mais je pense que je ne le garderais pas, tout va trop vite . Il est tard quand j’arrive place Graslin, Brice est assis sur les marches du théâtre, il me fait un signe et s’avance vers moi.

« Ça va ? » En voyant les larmes dans mes yeux, il m’offre ses bras, je m’y blotti et je pleure, beaucoup d’émotion depuis que je suis sur l’ile. Il me laisse faire et me serre fort .On se regarde dans les yeux et on s’embrasse, c’est un baiser très doux mais très fort.

« Je crois que c’est trop tard pour rentrer .On va diner et puis se trouver un hôtel .Qu’est ce que tu penses du programme ? »

« Eh bien, je suis tout étourdi, ton programme me parait vachement bien .Et franchement, je suis le plus heureux des hommes .Si tu savais Lisa comme je t’ai attendu .Moi j’ai toujours été amoureux de toi, bien sur J’en ai rencontrée d’autres mais je crois que c’est vraiment toi que je recherchais»

Je lui caresse la joue « Alors on va manger »Il me sourit et me prend par la main. Nous mangeons au restaurant La Cigale. Nous nous amusons comme des petits fous .Je me sens bien. C’est vraiment un garçon charmant et pleins d’attentions, il achète une rose à une vendeuse qui passe au restaurant .Sa générosité me va droit au cœur .A présent je me souviens qu’il ne me quittait pas quand nous nous retrouvions pour les vacances, les filles me charriaient toujours avec çà mais à cette époque il était plus petit que moi et avait quelques boutons disgracieux .Maintenant, c’est un très beau jeune homme .Notre soirée est passée comme dans un rêve.

De retour sur l’ile, après en avoir énormément discuté avec Brice, je décide de voir Isabelle et d’éclaircir la situation avec elle .Je l’appelle, on doit se retrouver pour déjeuner sur le port, je la vois approcher vers moi, Je sens encore cette gène .Nous rentrons à la crêperie, on nous installe et, j’engage tout de suite le sujet.

« Isa, je ne sais pas comment aborder les choses mais je vais être directe .Je suis au courant pour Papa et toi et aussi pour Alice, maman m’a laissé une lettre m’expliquant tout .Je suis désolé Isa, je n’ai vraiment rien compris. » je vois ses traits se détendre et son visage s’éclairer d’un joli sourire .Ses yeux pleins de larmes, elle me dit :

« Merci, Lisa, tu m’enlève un poids sur l’estomac, tu ne peux pas savoir à quel point .Ma vie c’est arrêtée là .Quand ton Père c’est sauvé avec vous. Ta mère a été extraordinaire ,elle s’est occupé de moi à distance ,au début ,j’en est voulu à Benjamin puis le temps a passé et la douleur c’est apaisé mais j’ai du mal à faire confiance à un homme .Benjamin m’a fait un cadeau magnifique avec Alice .C’est la prunelle de mes yeux, je l’adore .Tu sais ,elle est vraiment merveilleuse et quand je la regarde par moment c’est toi que je vois .Mon amie a qui j’ai mentie ,je me sentais vraiment mal avec çà, je suis soulagée . »

On a parlé à cœur ouvert .Elle m’a proposé de venir diner le soir chez elle pour rencontrer Alice, sa petite merveille .Bien sur, j’ai accepté .Le soir venu, quand j’ai sonné à sa porte, j’avais un peu le trac Une jolie petite brune avec des yeux lagons absolument fantastique est apparu à la porte

« Alors, c’est toi l’amie de maman, tu sais j’ai beaucoup entendu parler de toi .Lisa, on va être amie nous aussi n’est ce pas ? Merci pour les bonbons ; J’aime bien çà c’est maman qui veut pas ; mais dit tu as les yeux de la même couleur que moi c’est rare »

Je suis conquise, elle est vraiment délicieuse .Mon amie me regarde avec un sourire malicieux.

« J’ai deux autres invités, çà ne te dérange pas, Lisa, je crois que tu les connais déjà. »Que de mystère .çà sonne, Alice se précipite pour ouvrir « Maman c’est Antoine .Bonjour Antoine ; Maman il a un gros bouquet pour toi et moi j’ai des chocolats .Merci j’adore les chocolats »

La prochaine fois je saurais quoi lui amener, pour l’heure, J’ai pris une bouteille d’aubance un vin de Loire parfait pour l’apéro .On résonne « Maman c’est Brice, Il a des fleurs aussi et des chocolats super merci pour tout çà ; »

Nous nous installons autour de la table du salon avec nos verres, on frappe à la porte, ce sont les parents d’Isabelle, ils sont un peu penaud d’arriver sans avoir prévenus mais tout le monde les rassurent plus on est de fous plus on rit .Alice est énervée comme une puce, après avoir sauté au cou de son papi et sa mamie .Comment lui résister ? Son Grand- père me regarde droit dans les yeux.

« J’avais entendu dire que tu étais sur l’ile, c’est une bonne surprise .Je ne me souvenais pas de la couleur de tes yeux .C’est magnifique ce bleus lagon. »

Tous nous écoutent :

« Oui papi, tu as vu Lisa, elle a les mêmes que moi »

« En effet, je m’en rend compte maintenant »

« Oui, c’est exact, il faudra qu’on en parle mais je crois que ce soir c’est la fête, alors on a mieux à faire qu’est ce que vous en pensez Pierre et vous Sylvie êtes vous ok ?

Voilà, la vie continue, Alice et moi on apprend à se connaitre, elle sait et est ravie d’avoir une grande sœur, Brice est mon amoureux, Isabelle et Antoine se sont beaucoup rapproché, Pierre et Sylvie vont mieux, mamie est ravie et moi, je suis enfin chez moi avec toutes les personnes que j’aime.