Fin d’été

Fin d’été

FIN D’ETE

Catherine de Bretagne

Prospero aimait par dessus tout le petit matin quand le soleil commençait à peine à rosir les pins de l’ouest et qu’on ne pouvait pas encore dire si le ciel était blanc ou bleu très pâle. Il était vraiment le maître de l’île à ces moments là, avec quelques pécheurs et sans doute les boulangers (quoique avec les pétrins électriques maintenant…) La journée lui paraissait infinie, le monde absolument neuf et lui aussi, lavé par ses songes, ses rêveries qui le conduisaient tout au long des heures.

Il aimait entendre la mer, suivant le sens du vent certains jours il avait l’impression qu’elle battait les confins de son jardin alors que la plage des Fontaines étaient au moins à un kilomètre. La mer intense et répétitive…. Il l’aimait et la craignait en même temps. Ses mugissements le faisaient imaginer l’écume blanche, le miroitement de l’eau qui reflétait le ciel, mais c’était l’onde amère, celle qui tuait parfois, celle qui lui faisait peur quand il se risquait à prendre un bain, avec ses algues qui s’entortillaient autour de ses jambes, son froid glacial.

Prospero était un homme de terre, il régnait dans son domaine, son petit monde qu’il essayait de façonner. Il avait compris au fil des années que la terre se défend. Il avait planté n’importe quoi, des plantes importées du continent sans beaucoup de discernement, des baptisias, des fuschias du Cap, des lychnis coronaria, plantes censées pousser dans ces conditions extrêmes, installées en grande cérémonie, avec de la poudre d’os, des cuvettes pour l’arrosage, et dont au printemps suivant, il ne restait la plupart du temps qu’un mince bâton ou même rien du tout. Il avait dépensé des sommes finalement rondelettes, en expéditions de la France entière sans trop le dire à Ariel qui n’était sans doute pas dupe, mais essayait gentiment de le consoler de ces désastres. Parfois c’était l’inverse qui se produisait, il avait dû éradiquer au tue herbe chimique (l’horreur), une jolie graminée bleue, tellement à l’aise qu’elle étouffait tout.. Une autre fois c’était Ariel, son bon génie, qui avait exigé qu’on arrache un magnifique cactus qui menaçait les petits chéris. Prospero avait grommelé, mais s’était exécuté.

En effet dans ce royaume végétal, les enfants constituaient l’élément mobile, joyeux et dangereux. Les premiers temps quand les pins tout petits faisaient à peine assez d’ombre pour un berceau, les gazouillis des bébés étaient attendrissants. Parfois, quand Prospero désherbait, il jubilait en les entendant et s’il se relevait, il voyait un minuscule pied se dresser hors du lit, qu’on jouait à essayer d’attraper. Mais très vite les pieds servaient à autre chose et quand la famille partait à la plage on disait à Prospero : « Puisque tu restes là, on te laisse Caliban, il sera mieux qu’à manger du sable… » Prospero essayait d’avoir l’air enthousiaste, son après midi de jardinage était fichu.

Ils avaient adopté Caliban, orphelin d’une sorte de sorcière îlaise aux pouvoirs soi disant magiques. Il avait représenté pour eux comme une prolongation de leur famille envolée. Prospero dans l’enthousiasme de ce qu’il pensait être de l’expérience lui avait appris à lire, avait essayé de l’aimer avec application et désintéressement, mais Caliban restait méfiant et même parfois malfaisant. Il se jetait sur les malheureuses fleurs qui avaient réussi à éclore et piétinait les boutures. Plus tard il y avait eu l’époque des cabanes, c’était mieux, tout se passait au fond du jardin dans la partie boisée. On surveillait un peu, Ariel donnait quelques vivres pour jouer à Robinson et chacun pouvait vivre sa vie.

Prospero aurait voulu que le jardin soit un royaume enchanté pour ses petits enfants aussi. Il avait planté une prairie de stipas tenuifolia, qui paraissait là depuis toujours et le faisait penser à la mer quand le vent passait à travers leurs tiges graciles. Prospero avait annoncé au dîner qu’il avait l’impression qu’il y avait de grosses bêtes dans la prairie et qu’il valait mieux rester le soir sur la terrasse, mise en garde stratégique à la fois pour préparer ses effets et pour faciliter la cérémonie du coucher. Le lendemain au petit déjeuner, Ariel n’était pas là, les enfants étaient étonnés, posaient des questions sur son absence, sur les bêtes de la savane. Prospero ne disait rien, distribuait les miel pops, grillait les tartines. A la fin il prit un air mystérieux et dit que si certains en avaient le courage, on pouvait essayer d’aller voir. Les petites mains bien serrées dans sa grande paluche, les voilà partis. Une tache marron beige trouait les stipas, qu’est-ce que c’est demanda Caliban tout bas. Peut-être un lion, approchons doucement. Les grognements assez bien imités par Ariel sortaient de la couverture beige. Prospero restait à distance pour ménager le suspense. Finalement c’est Miranda qui de sa petite voix perçante, rompit le charme : « C’est drôle ce lion, il est exactement de la couleur de ma couverture » Ariel se secoua, on avait ri on s’était embrassés. Mais en passant de ce côté les jours suivants, Caliban se pressait et regardait s’il n’y avait vraiment rien.

La vie de Prospero était coupée en tranches de création, de méditation sur les plantes et de ce qu’il appelait sa vie sociale. Il avait toujours du mal à s’arracher à ses travaux, mais il sentait l’île frémir à tout instant, même quand il était seul toute la journée. Il entendait les heures s’égrener au clocher de St Sauveur. A l’Angelus de 8h il savait qu’il allait falloir rentrer pour le petit déjeuner, puis il entendait le brouhaha du marché. Ariel lui disait tous les jours : une telle m’a demandé de tes nouvelles, elle te dit bonjour. Sans sortir, il finissait par tout savoir. Un jour on lui racontait les aventures conjugales d’un tel, le lendemain, il entendait un autre point de vue. Il suffisait de laisser s’amasser des petits indices, des petites remarques pour que prenne corps toute une vie, joyeuse, drôle parfois (savoir ce qu’on va vous raconter, sans le montrer, entendre une autre version) parfois douloureuse. Prospero aimait écouter, les gens aimaient parler. Tout le monde était content. Il aurait bien voulu parler de temps en temps, mais il se rendait compte que presque personne n’avait envie d’écouter.

Même les activités lointaines étaient perceptibles : le silence de l’après midi évoquait les bains de soleil des naïades de tous âges, les parties de pêches en mer. Vers 6 heures les vélos commençaient à passer sur la route, les cyclistes se hélaient, les pères de famille reprenaient les insoumis : « Arthur, je t’ai déjà dit de rouler à droite, si tu recommences, tu resteras à la maison » « Foutaise, se disait Prospero, il menace, Arthur s’en moque » C’était le moment de ranger sa houe et son arrosoir. Ariel allait rentrer, il fallait l’aider à donner les bains, faire le dîner.

Au fil des années le jardin s’était amélioré et simplifié. Prospero s’était rendu compte de ce qu’il cherchait à tâtons : dessiner un paysage qui soit en harmonie parfaite avec l’île. Ce n’était pas les fleurs qui le passionnaient, mais plutôt, les volumes, les formes qui évoquaient à la fois la mer et le ciel . Parfois il était content, il touchait au but, parfois en dînant il voyait une branche qui heurtait son regard. Il devait se retenir pour ne pas se lever de table immédiatement. Il allait par petites touches, sur le terrain, il défaisait, déplaçait, mettait parfois plusieurs années avant d’admettre que telle ou telle plante ne donnait rien, qu’elle ne se plaisait pas là. Sacrifier les malingres, les chétifs était une véritable épreuve. Mais il fallait être impitoyable sous peine de stagner, d’encombrer. En revanche la nature prenant parfois des initiatives, ressemait des vagabondes dans des endroits inattendus, les érigerons par exemple.. Il arrivait que ce soit génial ; il fallait accepter de collaborer, être aussi souple qu’impitoyable.

Les jardins de l ‘île d’Yeu pouvaient selon Prospero se classer suivant une typologie très subtile. Il y avait des habitants de l’île, héritiers d’une longue tradition de survie rude et qui pendant des générations avaient eu d’autres soucis que de cultiver des fleurettes, certains de leurs jardins étaient en friche, d’autres cultivaient des légumes et grâce aux algues et à la terre longuement travaillée, les potagers des îlais dans les villages, étaient magnifiques. Certains jardins exprimaient la victoire sur le sauvage. On nettoyait parfaitement son terrain, on l’entourait d’une haie de thuyas, mais aucune plantation ne venait gêner les tondeuses.

C’était une manière de marquer son domaine.

Prospero avait eu du mal à comprendre cette esthétique du propre, voire du vide. Parmi les « touristes » de multiples nuances permettaient de distinguer les jardins. Il y avait les jardins tout à fait mode, genre Côté Ouest, parfaitement bien rangés, comme l’était la maison des propriétaires, les jardins de boulimiques de plantes qui juxtaposaient leurs trouvailles au petit bonheur la chance, les jardins somptueux où les oliviers centenaires et les champs de lavandes se cachaient derrière des haies opaques. On pouvait connaître beaucoup de traits de caractères ou de l’ histoire des jardiniers en visitant leur domaine.

Prospero aimait cette diversité, il aimait connaître les hommes, leurs grandeurs l’émerveillaient, leurs faiblesses l’amusaient, il avait les siennes. Les jardiniers les plus différents de lui l’aidaient, consciemment ou pas, à évoluer, trouver sa voie personnelle. Il savait maintenant que les contrariétés, les échecs sont un passage obligé, un peu comme dans le trajet vers la Jérusalem céleste dans les labyrinthes des cathédrales.

Cet été là, on avait joué Les Noces aux Cytises et Chérubin était resté après les représentations. Il avait sans doute trouvé une comtesse troublée par son charme et justifiant sa présence par une sorte d’attendrissement maternel et protecteur. Mais Chérubin était plus attiré par la « giovena » comme son grand frère Don Juan. Il avait rapidement intégré une bande qui sévissait, suivant des lois un peu semblables à celle des oiseaux migrateurs. Le matin était le moment de repos, chacun vaquait à ses obligations familiales ou la plupart du temps, dormait. La bande se reformait vers midi et commençait son périple, allant de la plage au port s’attardant parfois dans des garages aménagés, pourvus de canapés, de babyfoots. Les parents espéraient ainsi garder un certain contrôle. . Mais l’adolescence de Caliban avait été agitée, de commerce douteux en retours pitoyables du commissariat où Prospero le retrouvait ivre mort.

Prospero était un peu déçu et pourtant Caliban était aimé par ses cousins, et même par la bande. Prospero se souvenait de sa propre jeunesse, pas question de bande. Il fallait des ruses de sioux pour approcher l’autre sexe et tout était orienté vers les fiançailles, le mariage. Parfois il les enviait, parfois il regrettait cette liberté, mais la plupart du temps, c’était surtout le sentiment d’avoir vécu très longtemps qui prédominait. De là à grogner sur l’éducation actuelle, non, il ne sentait pas concerné. Il avait fait son job, s’était fait traiter en son temps de père castrateur et en riait maintenant.

La bande passait rarement dans le jardin, ils disaient bonjour et ne piétinaient plus les boutures. Prospero était tranquille. De temps en temps, ils se réfugiaient dans son garage tard la nuit, ils faisaient un peu de bruit, laissaient les lumières allumées. Mais ils ramassaient leurs mégots et leurs bouteilles. Prospero remarquait quelques individus, Chérubin bien sûr, chenapan avéré, au visage angélique, quelques filles (on disait autrefois « jeunes filles » !) étaient timides devant lui mais délurées quand il avait le dos tourné. La plupart était ce qu’on appelait autrefois « bien élevés ».

La vie coulait donc assez paisiblement. Prospero profitait de la pluie, inhabituelle à cette époque, pour transplanter des agapanthes puisque la terre était étonnamment meuble. Il aimait beaucoup faire des transformations, remettre à plat.

Ariel lui avait offert cet été là un drone minuscule et très perfectionné qu’il avait équipé d’une pince Fiskars, relié à sa tablette. Il circulait partout dans l’île, surveillait les tomates de ses copains, remarquait que les haricots d’Henry étaient couverts de pucerons et que le rosier de Madame T était bien joli. Quand il voyait une plante qui lui plaisait, grâce à sa pince il coupait proprement une bouture ou même subtilisait de quoi faire une salade dans les jardins qui regorgeaient de légumes qui allaient être perdus. Sa conscience ne tremblait pas un instant pendant ces expéditions toujours couronnées de succès. Il faut dire qu’il s’était longuement entraîné dans son propre jardin et maîtrisait parfaitement sa machine. Il avait ainsi l’impression de pallier ses forces déclinantes sans faire de tort à personne et sans avoir à faire des amabilités pour obtenir des renseignements ou des « cadeaux » pas toujours faits de bonne grâce. Il n’avait montré sa machine à personne. Elle venait d’un laboratoire militaire expérimental où Ariel travaillait. Il préférait rester discret.

Sans le vouloir, dans ses expéditions botaniques, il faisait parfois des découvertes étonnantes, des marivaudages et des amours illicites dans les jardins et les plages isolées. Ce n’était jamais ceux que l’on aurait pu soupçonner tant chez les îlais que les touristes. Les dames touristes d’un certain âge avaient beaucoup de succès auprès des îlais qui les trouvaient bien conservées pour leur âge. Chacun y trouvait son compte apparemment et pimentait ainsi le quotidien insipide.

Il gloussait un peu avec Ariel, mais se gardait bien de répandre ses découvertes. Il aimait regarder avec presque de la sollicitude ces gesticulations somme toute sans conséquences, si justement elles restaient secrètes. Mais emporté dans son élan, Prospero avait perdu sa prudence habituelle et son drone avait été vu par deux amoureux qui n’en avaient pas parlé pour ne pas se trahir. Il s’en était rendu compte et se promit d’espacer les sorties et de bien choisir les heures : le petit matin ou le crépuscule. Pourtant un autre jour, il n’avait pas vu sur son écran un ancien maire de l’île d’Yeu qui sarclait à la fraîche. Il était sorti des rames de haricots, intrigué par le léger bourdonnement. Prospero avait prestement fait prendre de la hauteur à l’engin, mais cette fois, l’ancien édile n’avait rien à cacher et trop content d’épater ses copains, distilla le mystère au moment du petit blanc à l’Abri des Coups de Mer. Pour lui, c’était un ovni et il fallait avertir la police.

En allant acheter le journal, Ariel avait entendu les conversations. Prospero avait horreur des histoires et surtout il se sentait puéril de jouer avec son drone, comme son petit fils avec sa voiture téléguidée.

Le charme était rompu, l’été tirait à sa fin. Il y avait déjà des feuilles qui rougissaient, des arbustes qui se desséchaient, quelques brugnons qui essayaient de mûrir sur des branches nues, dépouillées par la cloque. Un sentiment d’à quoi bon envahissait Prospero. Miranda, Caliban, Chérubin étaient repartis vers d’autres aventures. On rangeait, on tentait de refaire des projets pour l’année prochaine. On essayait de faire revenir ses pouvoirs par des gestes primitifs, magiques, comme si en niant l’évidence on pouvait la faire disparaître. A ces moments là, Prospero attendait un signe, un regard, un message. Il se sentait vidé, comme un roi détrôné, un roi qui se meurt.

C’était la saison des grandes marées qui arrivait; à marée basse on allait chercher des palourdes qu’on mangeait ensuite en buvant un verre de blanc.

Le temps se gâta sérieusement un soir, le baromètre avait chuté vertigineusement. Prospero aimait son baromètre dont les indications restaient toujours modérées, entre variable et beau temps. Mais cette fois, l’aiguille avait presque quitté le secteur variable, du mauvais côté. Un vent mauvais s’était mis à siffler à l’heure du dîner et avait redoublé toute la nuit. Ils avaient eu du mal à fermer les volets. Prospero guettait les craquements, les chocs, en imaginant le pire, certains arbres avaient gardé des stigmates des tempêtes précédentes, des pins à moitié déracinés qui avaient survécu tordus, des branches énormes qui avaient écrasé des arbustes. On pouvait toujours remettre des tuiles, il suffisait que le maçon vienne. Mais un arbre, on ne le plantait que pour les autres surtout à cette période de la vie.

Ils s’assoupissaient par moments et en se réveillant avaient l’impression d’être en bateau. Prospero rêvait de naufrage, d’engloutissement, de toutes ces séances de ratissage, repiquage des derniers jours, inutiles. A l’aube, le vent sifflait toujours, épuisés ils s’étaient endormis.

A 8 heures, tout était calme. Prospero enfila un vieux jean et des bottes et se lança dehors en s’attendant au pire. On aurait cru que mille Caliban avaient joué au foot toute la nuit. Les hortensias étaient hachés, les stipas aplatis par la pluie. Prospero avançait mécaniquement, comme anesthésié, les derniers jours il avait senti ses forces l’abandonner, ses gestes devenir mécaniques comme ceux des pantins menés par les derniers ressorts de leur mécanique et plus par ce bel enthousiasme, cet amour de vivre de sa jeunesse. Il était résigné comme devant une évolution inéluctable. Maintenant la force était à Miranda, à Caliban.

Petit à petit, il notait ce qui était irrémédiablement perdu, ce qui reprendrait. Il s’habituait à cette vision d’horreur et de dévastation. La tristesse des derniers jours de l’été avait laissé la place à un sentiment bizarre qu’il ne cherchait même pas à saisir.

De loin, il remarqua un grand vide à l’endroit du buddléïa qu’il n’avait gardé que pour nourrir les papillons. Le buddléïa avait été déraciné proprement et gisait, souche en l’air. Incroyable ! Tous les ans il pestait devant sa vigueur et les heures qu’il mettait à le tailler pour le faire refleurir tout l’été. Il aimait les nuées de papillons qui l’entouraient et Caliban qui avait refusé tout recours aux livres, s’était intéressé à ces dizaines d’espèces plus belles les unes que les autres, il aimait reconnaître les nouveaux venus. Les papillons avaient été leur point de rencontre.

Cette fois c’en était fini du budleïa, Prospero approcha pour regarder quelques papillons qui voletaient, attirés sans doute par les effluves des fleurs qui n’étaient pas encore fanées. Les insectes avaient repris leur quête comme si rien ne s’était passé : non seulement les papillons, mais aussi les abeilles, les bourdons, les syrphes.

Tout d’un coup son regard fut attiré par une masse vert bleuté : une magnifique vipérine des Canaries qui s’élevait intacte, prête à fleurir. Il en avait semé trois ou quatre ans plus tôt Leurs grappes violines dépassaient le toit. Et finalement elles avaient disparu. Celle ci avait germé, grandi, cachée par le budléïa.

Prospero se sentit ragaillardi. Après tout en jardinant on acceptait de partager les initiatives avec la nature. Lui aussi allait reprendre son travail tant qu’il en aurait la force.

Caliban qu’il pensait parti définitivement pour une campagne de pêche sur un thonier espagnol, revint à l’heure du déjeuner voir les dégâts.

Il restait silencieux en regardant Prospero.

« Tu sais Grand Père, les papillons aiment beaucoup les fleurs de vipérine, aussi »

C’était un peu comme un air de flûte qui s’élevait du chaos, ténu et têtu. Prospero écrasa de justesse une larme. Caliban lui avait passé le bras sur les épaules et lui demandait s’il pouvait rester pour le déjeuner.