Je m’étais promis

Je m’étais promis

Je m’étais promis

Marc Berlioz

 

Comme un remède au désenchantement de notre société de plus en plus encadrée et formatée et à l’aube du premier jour du reste de ma vie, l’envie d’écrire m’est arrivée avec l’âge, comme l’acné à la puberté.  J’avais la désagréable impression de me fondre dans une existence qui ne me correspondait plus. Alors, j’ai eu la faiblesse de croire que j’aurais une meilleure vie ailleurs et je suis parti. J’ai accompli cet exploit. Celui de m’exiler, d’aller voir ailleurs pour me retrouver dans le calme insulaire et la douceur océane. J’avais, depuis longtemps, espéré des firmaments dans l’éclat du soleil et le rugissement de l’océan.

Il me fallait trouver de nouvelles voies et pour cela aller à contre-courant de ce que j’avais, tout en ayant pleinement conscience des enjeux (la peur, le doute, le regard des autres, la douleur…).

Me désengager un temps de l’ordre social qui guidait mes pas, s’offrait à moi. Mon chemin de traverse était tracé.

En m’exposant ainsi, je m’obligeais à accepter mes faiblesses, mes forces et pour cela j’allais inévitablement mettre à nu  certaines de mes convictions.

Curieusement, mes doutes, mes craintes et mes peurs me poussaient à sortir de moi, à me dépasser et à atteindre ce bien être rare, celui d’avoir l’impression de se réaliser. Comme un mur des miracles où ce que l’on s’interdit par manque d’audace ou par peur de l’échec devient possible.

Les extrêmes m’ont toujours interrogé. J’aime la remise en question perpétuelle de l’homme de glaise sans cesse remodelé.

La vie que je menais, bien que confortable dans tous les domaines, asséchait ma terre intérieure et me fermait les portes du merveilleux qui attendait en moi.

Il me fallait ce moment de vie en lisière, hors saison, pour reprendre possession de mon Moi. Grâce aux apports cosmiques apportés par le vent, les marées, le sable, les rochers et le ciel j’allais pouvoir me ressourcer et retrouver des vérités essentielles que j’avais quelque peu évincées. M’ultramariner, enfouir ma quête sous des tonnes d’eau. M’apnéiser pour faire renaître mes poumons et aller vers ce rebirth total qui permet peut-être la résurrection de l’homme nouveau.

Cette énergie qui me dévorait ne trouvait pas d’exutoire. Je palpitais de l’intérieur. J’allais exploser. J’avais besoin de cette régénérescence que je ne trouvais que face à l’océan.

En fait, j’ai déserté par courage ou lâcheté et j’ai utilisé ce vieux rêve pour faciliter mon départ.

On ne sait pas quand les fissures deviennent des failles et quand les failles se meuvent en gouffres.

« Quand j’ai le cœur à marée basse

Le cœur battu

Et la guerre lasse

Je sais que t’écrire sera ma  source de survie.

Quand l’heure me devient mélancolique

Quand les ténèbres reprennent leurs droits

Et que les vents de la tristesse

Reviennent vers moi.

Alors, je m’enivre de zéphyr

Jusqu’à l’heure extatique

Où ton désir m’appelle.

Ma voix, lasse de frémir

Sous ton corps électrique

Se perd  au creux de tes parcelles offertes

Et mon désir  t’effleure

En insatiables déferlantes

De douceurs sans cesse renouvelées.

Alors, je me fonds au plus profond de tes yeux

Là où le ciel et la mer se confondent

Dans un improbable horizon de bonheur ».

 

La surconsommation, la médiatisation et la mondialisation oubliant l’individu, l’homme, l’enfant, ne me correspondaient plus. Au seuil de ce vieux rêve, l’idée de me retrouver seul face aux sonorités océanes me pénétrait : « celui qui est venu à Yeu ne pourra plus prétendre au bonheur ». Il l’aura.

Mon BIBI, tu avais raison. Tu m’as donné le virus. Le bon, celui qu’on offre comme un cadeau. Tu m’as pénétré de ton île. Tu m’en as fait goûter la chair .Tu m’as appris à l’attendre, à l’espérer.

Pendant plus de 20 ans, j’ai transporté chez moi, de l’autre côté de l’eau, des morceaux de ce “caillou “et j’ai transformé mon univers  quotidien aux accents de mes découvertes, de mes rencontres et de tes cadeaux insulaires.

Tes “piates“ trônent fièrement aujourd’hui dans les  maisons de mes  petits-enfants et tes histoires de “pêcheur de thon “  accompagnent leurs rêves.

J’ai mis longtemps à comprendre ces quelques mots que tu prenais plaisir à répéter: « Celui qui est venu à Yeu ne pourra plus prétendre au bonheur ». Il l’aura.

Maintenant que j’y suis, je les vis. Alors, débarrassons-nous des statistiques : 10 km de long sur 4 km de large environ, l’île présente une côte sauvage et une côte sableuse apportant aux habitants et aux touristes la diversité nécessaire au bien-être de tous.

 

Fort de tout cela, je me suis installé pour quelques mois ou plus dans un petit studio sur la pointe ouest de l’île. J’y ai emporté des livres et de quoi écrire pour meubler, l’espace, le silence et la solitude qui m’attendaient.

Dans ce nouvel endroit, je me suis réinventé une existence resserrée autour de gestes simples et le génie du lieu m’a aidé à apprivoiser le temps.

La liberté, disait l’un de mes professeurs, existera toujours, il suffit d’en payer le prix.

Pour moi, l’île c’est la terre qui commence là où la mer s’arrête.

Ce terrain d’espoir  caresse ma solitude au-delà de mes incertitudes et nourrit ce grand besoin d’illusions dans ce monde qui se corrompt.

Quand je suis sur l’île, je me sens chez moi ou plutôt chez elle.

Ici, je me régale de cet impalpable horizon. Savoureuse invitation au voyage intérieur.

Avec le temps, mon palais est devenu plus fin. Soif insatiable de simplicité. Je me gave de cette alchimie mystérieuse qu’apporte l’océan.

Je me rassasie de vents et d’embruns qui me nettoient de l’inutile.

L’océan  me réhydrate comme ces livres autour desquels on rode.

L’océan ne faillit pas à sa parole, il soumet, il apporte les joies, les peines et le plaisir sans cesse recommencé. La lumière et le vent se chargent du reste.

Sur la carte du temps, l’histoire a laissé sa trace : « chemin du Fief du bois »  sera mon titre de noblesse.

De chez moi, j’entends l’océan qui crie et les vagues qui explosent et qui crachent des chaos de cristal.

C’est drôle, on se décide à vivre loin des siens, on s’imagine perdu dans des méditations et on se retrouve à faire des listes de courses. La vie ne serait-elle qu’une affaire d’épicerie ?

Vivre entre quatre petits murs rend modeste. Chaque instant se ritualise, certains gestes se sacralisent et le temps reprend ses droits.

Curieusement, l’isolement  me permet de mieux apprécier la présence de mon autre, de mon double, de celle que j’ai laissée dans “l’océan de terre“ là-bas, de l’autre côté de l’eau, dans le rythme infernal des  trépidations de ce siècle. Le fait de n’avoir personne à mes côtés force  mon affrontement intérieur. Cette émotion solitaire m’offre un voyage au centre de moi où tous les paradis restent à conquérir.

 

Curieusement, mes doutes et mes craintes me poussent vers de nouveaux horizons qui m’aident  à me dépasser et à atteindre ce bien être rare, celui de se réaliser.

Ce mur des miracles où ce que l’on s’interdit par manque d’audace ou par peur de l’échec devient possible.

Les extrêmes m’interrogent. J’aime la remise en question perpétuelle et la décadence offerte de l’homme de glaise sans cesse remodelé. Quand la vie assèche notre terre intérieure nous refermons nos portes d’accès au merveilleux.

Rapportée à la violence des tempêtes ma maison ressemble à une boîte d’allumettes.  « La cabane, la yourte et l’igloo sont les plus belles réponses à l’adversité du milieu » disait un autre de mes professeurs.

Si on me demande pourquoi ce choix ? J’aime à répondre que j’avais un peu de lecture et d’écriture en retard et que, je devais, à ce stade de ma vie, bichonner ma vie intérieure car ma vie extérieure s’effritait quelque peu. Et que, pour la première fois, j’allais pouvoir m’offrir le luxe de lire un roman d’une seule traite.

Le deuxième jour de mon installation le bateau disparaît à l’horizon emportant avec lui mon fils, dernier lien avec l’autre monde.

Tel un naufragé jeté sur le rivage, j’atteste qu’on a tous en nous quelque chose de Robinson.

Je suis seul.

L’océan m’apparaît plus sévère.

Le paysage s’intensifie et me saute aux yeux. Un silence profond couvre le bruit du port. Je pousse un hurlement. J’agite les bras. Je suis sur le débarcadère de ma vie et je vais enfin savoir si j’ai une vie intérieure assez riche pour survivre.

Ma maison n’est pas très grande, de petits radiateurs assureront mon bien-être contre le froid et l’humidité. Ma vie va s’organiser autour de ces deux petits tas de fer. On dirait des dieux ! Lorsque je leur fais l’offrande de les « allumer », j’ai l’impression de rendre hommage à l’homo erectus qui maîtrisa le feu en utilisant sa réflexion sur la production de chaleur lors de la friction de deux corps pendant l’amour.

Hélas, je ne pourrai pas calmer ma libido en regardant les braises…

Je dispose aussi de deux fenêtres ouvertes sur l’ouest et ma table est face au couchant.

Le matin, deux gestes célèbrent le passage de l’hominidé à l’homme : la lumière et le chauffage .Les acouphènes du silence se chargent du reste.

Sur une terre surpeuplée, l’absence de bruit et la solitude se négocieront sans doute au-delà de l’or.

Vivre sur cette île est donc un luxe que je m’offre au départ de ma nouvelle vie. C’est une réconciliation entre mon passé et mon futur, doux mélange de plaisirs et d’incertitudes.

Sous le couvert des pins ma vie s’organise autour des gestes vitaux et tout devient liturgie. Chaque geste est presque sacralisé et la contemplation est inscrite chaque jour au menu du temps qui passe.

Ce soir, la lune timide semble chercher l’âme sœur mais le ciel reste désespérément vide.

Ici, je redécouvre le mieux vivre. La contrainte, donnée par ce calme quasi monastique, m’apprend à laisser infuser les heures, à saisir l’idée qui passe et à la jeter délicatement sur ce papier. Je laisse entrer la beauté pour que l’inspiration puisse sortir à la Van Gogh : « Joues dans les mains, le regard dans le vague ».Ou alors Dersou Ouzala : « Beaucoup de réflexions naissent de la fumée d’un thé ».

Ensablé dans un quotidien qui devenait trop lourd j’ai redonné au mot fuite son sens premier : « élan vital » ou « instinct de survie » ou «quête insulaire ».

Dans ce laboratoire naturel vont se précipiter mes rêves et mes besoins.

Dans cet univers protégé je vais ralentir mon rythme, simplifier mon existence et revoir à la baisse mes exigences. L’utopie « décroissance » ne doit pas rester la dernière ressource énergétique. Mais qui osera défendre la sobriété luxueuse. Charles tu avais raison. «Luxe, calme et volupté » antidote à effet immédiat.

Je ne sais pas si la beauté sauvera le monde mais elle sauve beaucoup de mes journées.

Que n’en déplaise à mes carcans. Je mets du vent dans la voilure et là, tout seul, face à la mer, je retrouve l’homme qui sommeillait en moi.

A chaque réveil, mes journées se dressent, vierges comme des pages blanches ou offertes en chapitres de lumières ou de mélancolie, comme il m’appartient. Jours d’argile à modeler, je deviens artiste !

Je connaissais le vertige du grimpeur,  du voyageur et  de l’ivrogne.

Je découvre aujourd’hui celui de la solitude et du temps qu’il faut apprivoiser. Moi, j’ai l’écriture et la promenade.

Hier, j’ai tracé à côté de mes cairns mon premier haïku de sable : « comme le grain de ta peau sous ma main ».

Ces vers seront emportés par le vent ou la vague, douces caresses des éléments qui font comme par enchantement jaillir les images de ceux que l’on chérit. La solitude devient alors un pays peuplé de souvenirs qui consolent mon cœur comme des encens profanes. L’imprévu de mes pensées accompagne les images que je découvre et les rêveries qui en naissent.

Désireux de fuir la marche du siècle, excédé par l’intronisation des nouvelles technologies de la vie quotidienne et pressentant le chaos social lié à l’accroissement des profits, j’avais besoin d’espace et de solitude (pas trop).

Cette solitude ne me fait pas peur. Il y a des morsures bien plus douloureuses .Moi, je vais avoir la chance de partager avec celle que j’aime la beauté des moments à vivre.

Ici, sur l’île, la «violence actualisée», admise ailleurs comme le sucre dans le café, disparaît. L’océan dicte depuis les origines ses lois naturelles et confirme le syndrome de Saint François d’Assise que nous portons en nous comme  lorsque bouddha caresse son éléphant.

Ma vie dans la maison s’articule autour de mon champ de vision (encadrement de la porte-fenêtre), bonne tenue de mon intérieur, réceptions exceptionnelles rares. A ce jour, des oiseaux, un chat, Jako (ancien copain bricoleur et photographe de talent à ses heures), Papy… j’en parlerai plus loin et B… ami de longue date.

J’hésite souvent, chaque fois que je pars, à afficher sur ma porte : « reviens de suite ». On ne sait jamais…

Ce retrait volontaire, choisi, est peut-être une révolte un peu « mégalomaniaque » apportée par la beauté de cette existence en empathie avec la nature .Ce sentiment un peu euphorisant d’être dans le vrai  peut conduire au syndrome de  la tour d’ivoire…(à voir). Le fait de rétrécir sa panoplie d’actions augmente la profondeur de chaque expérience. Ce n’est en aucun cas une résignation.

Ce soir, propre comme un sou neuf, je suis à table, vin dans mon verre, soupe qui chauffe, bougies qui pleurent et l’océan qui gémit. Chacun à sa place accomplit son devoir.

Je vais continuer à écrire comme une opération commando menée contre « l’absurde ». Ce rendez-vous quotidien féconde mes journées et me contraint à penser plus fort et à regarder plus intensément. Cette rédaction quotidienne devient un véritable rendez-vous amoureux.

Dehors, la tempête s’est grisée et les rafales qui ont malmené les pins ont laissé la place à un repos bien mérité. Regarder une tempête bien au chaud chez soi est peut-être un signe de civilisation avancée. Tout a été lavé. La furie du ciel a laissé sa place au calme et la vie  se réorganise autour de la lumière qui revient.

Ce spectacle, je le contemple avec délectation. Il me conduit souvent au bout de ma patience. Je remercie alors ces heures indécises où la nature reprend ses droits.

La solitude et l’isolement force la multitude des tâches à accomplir et l’anodin reprend sa respectabilité. Pendant la journée l’œil fait moisson d’images que le rêve cuisinera, vaste travail. Le syndrome de Stendhal suffocant devant la beauté est la seule menace !

Aujourd’hui, j’ai écrit d’autres haïkus sur le sable. L’Hermione est passée de l’autre côté de l’île… nous l’avons ratée ! Nous n’avons vu que son point disparaître dans l’horizon. Les vagues avaient le goût du vent après la fête, véritable allégorie de la presque déception qui a le pouvoir de rendre l’homme heureux. La force du paradoxe !

 

20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, l’absence de médiatisation l’a laissée dans l’oubli. Pour moi les souvenirs ressurgissent avec violence et plaisir, la journée sera belle.

J’improvise un pique-nique vélo du côté de la pointe du But. J’aime à reprendre ma « Gazelle » c’est comme cela que je l’appelle .Dès que je l’enfourche vous êtes tous là souvenirs et voyages. Mon vélo sur l’île, c’est fabuleux ! Ce vélo, c’est une grande partie de moi. Il transporte avec lui de nombreuses tranches de ma vie et beaucoup de moments joyeux.

Il a oublié les faces cachées mais y en a-t-il eu ?

Cette partie de l’île montre une variété très importante  de plantes dont plusieurs, très rares, sont protégées .Ce site, remarquable et fragile est, pour moi, un véritable livre ouvert à l’émerveillement. Qu’adviendra-t-il de lui ? L’étonnement y est sollicité en permanence.

Les bigorneaux s’alignent, la patelle soulève son chapeau, le bouquet d’algues applaudit au rythme des marées et le varech des broches n’a plus peur des soudiers.

A l’approche du dolmen, je ressens la présence de ces petits êtres, mystérieux disciples de la Gargourite. Ces lutins, connaissent tous les secrets de la nature, aiment danser le soir au clair de lune et possèdent de nombreux pouvoirs magiques…Ils confèrent à l’île ce caractère sacré dont témoignent les très nombreux mégalithes installés  depuis des temps immémoriaux. Quels cultes s’y déroulaient ? De quelles vies ces pierres dressées sont-elles les gardiennes ?

Comme beaucoup d’îles, Yeu offre un refuge intéressant les sédentaires comme les migrateurs. L’homme et l’oiseau y mènent le même combat. Mon observation de ces virtuoses du ciel se perfectionne de jour en jour.

Mais, mouettes et goélands se mélangent encore. Néanmoins, ce nouveau cadre de vie me semble familier. Peut-être est-ce tout simplement à cause de  l’harmonie qui unit la nature et les êtres ?

Plus j’approche de l’océan et plus je vibre à l’intérieur. Le bruit, le vent, l’odeur, la force et le calme m’imprègnent. Je suis grisé.

D’ailleurs, pour parfaire ces instants j’ai glissé dans mon repas un peu de Merlot que je vais savourer allongé sur un rocher. La mer monte et je monte avec elle. Mon livre se fond dans ce décor : « une vie entre deux océans ». Je capte avec ivresse toutes les énergies qui m’entourent. Bonheur intense que je voudrais partager. Je ferme les yeux et je t’envoie ces images et cette force. Dans ces moments là, mon slogan : « je m’offre l’île d’Yeu » prend toute sa valeur. L’océan, tous les jours pour moi !

Le goût des grandes vacances qui arrivaient me revient à la bouche.

Le ressac entretient à souhait mes rêveries. Le vent m’apporte les elfes du désir et la force qui me permet de rafler les saveurs inavouées de chaque journée.

Ce soir je m’en reviens trempé.

La côte, fil d’Ariane salutaire, a estompé la vigueur de la tempête. Sur la crête des vagues qui s’apaisent, l’esprit s’évade, accompagné par  le bruit et le silence de la vie qui retrouve son calme. Grâce à la richesse du temps qui s’écoule entre mes doigts je reconnais  les choses et elles deviennent belles. Je partage l’haleine du vent, je murmure aux vagues, je m’apaise de lune, je salue le retour du soleil, je savoure la pluie, je m’enivre de l’odeur du varech et j’apprends tout doucement le bonheur de ce quotidien qui avait disparu ou que j’avais oublié quelque part.

Ce matin, j’ai rangé la Gazelle et j’ai sorti la « brel ».

Gracieuse et élégante elle fait l’admiration de tous. Elle m’emmènera au port acheter une place de théâtre : «  La fleur au fusil ». Grain de culture dans cet écrin de beauté. A  préserver. Mémoire de cette guerre et de ses traces sur la vie et les hommes. L’avenir ne se construit-il que sur les ruines du passé ?

Tranche de vie au cinéma. La vie sauvage de deux enfants élevés par un père en colère. Où mène l’amour ?

Où se situe la raison et qu’est-ce que le raisonnable ?

Tout ce questionnement, je le reçois avec sérénité .Il me fait du bien. Il m’apporte le recul dont j’avais besoin. Seul, le temps apportera ses réponses qui, elles-mêmes, comme le sillage d’un navire ou comme les vagues, ne  seront que l’espace d’un instant. J’aime cette fugacité qui donne au doute le privilège d’un avenir meilleur.

Mer basse 18 h 32

Survivre en milieu hostile. La remarque de B… hier soir trotte dans ma tête .Elle corrobore celle du médecin qui m’avait dit : “Venant de Grenoble vous connaissez le froid, ici,  vous allez découvrir l’humidité !“

Je fouille derrière les meubles… Surprise !

Effectivement le sol est moisi, meubles, sac à dos, arrière du canapé. La moisissure s’installe tranquillement à l’insu de tous. Je croyais que mon petit lieu de vie était propre et voilà que la nature reprend ses droits. C’est elle la plus forte !

Je prends mes armes de Mister Propre et je me rue sur l’ennemi. 3 heures de combat pour…vaincre l’humidité. Ce petit champignon guette le moindre moment de faiblesse pour se développer sans vergogne aucune !

Eau  froide  –  Température extérieure  fraîche aussi

Baignade aux « Vieilles » avec les surfeurs… Vagues douces, bien pour moi mais pas assez violentes à leur goût. Je suis vraiment heureux d’être avec eux. Ils m’aident à apprivoiser l’océan. Leur jeunesse  leur fougue et leur insouciance rayonnent au travers de la baie.

Visite imprévue

Mon compagnon de “pêche aux poissons rouges téléthon“ passe me voir. Il veut voir où j’habite. J’apprécie sa visite. Il vient voir si je suis bien installé. Il repart rassurer. Sa bienveillance me rassure.

 

NOËL

Je quitte pour la première fois l’île ! Je vais rejoindre mes petits-enfants. Ils sont invités en Bretagne chez des amis à Redon. Mal au dos, sac à dos et sac à cadeaux !

Sentiment étrange ! Je pars de chez moi !!!

J’habite cette île qui m’a habité pendant si longtemps.

Au retour de mon escapade autorisée, je rejoindrai  ma compagne à Nantes et je la ramènerai sur l’île. Comme si ce ballet était naturel, tout est réglé, papier à musique de la vie….mon compositeur préféré s’impose. La symphonie fantastique s’offre comme une sérénade.

Ce premier départ m’offre sur le bateau la rencontre d’un personnage fabuleux que j’ai croisé au tarot. Cette petite merveille s’appelle « papy ». Ce n’est peut-être pas la chance qui fait les choses mais… on  fait peu sans elle. Mon père me disait : “ Il faut sans cesse rechercher cette poussière d’étoile qui naît lors de chaque rencontre“.

Papy était acrobate, porteur, contorsionniste. Il a côtoyé les plus grands, il a vécu le rêve américain puis il est tombé amoureux de l’île et il y a  installé sa famille. Ce petit bonhomme de pas mal de saisons dégage une chaleur humaine qui me réjouit le cœur.

Il me  propose, à mon retour, une rencontre autour d’un bon repas. L’air marin aurait-il le pouvoir de rapprocher les générations ? Cette soirée chez lui fut un moment  presque «irréel». Ses yeux rieurs en ont illuminé tous les instants. Champagne, toasts, chocolat et feu de cheminée ont participé à la virtuosité de la partition. On dirait les retrouvailles de vieux amis.

 

NANTES

 

Je découvre cette ville de nuit et c’est très agréable. Château, esplanade, parc de neige et cathédrale .Petites ruelles très chaleureuses .Je me régale les yeux et le cœur. Crêpes et ambiances de rue m’apportent beaucoup de bien être. Dans quelques jours j’y rejoindrai ma compagne et nous découvrirons  à deux cette ville. Coup de chance, un spectacle d’humoriste a lieu au théâtre. Je réserve 2 places.

 

Nocturne en amoureux, les rues sont belles et les magasins splendides. On ne sait plus où donner de la tête. Excités comme des puces nous découvrons une crêperie qui nous ravit. Le patron est passionné  de voiles et de maquettes de bateaux. Sa passion transparaît dans ses plats et enchante nos papilles.

Le spectacle qui suit est à mourir de rire. Et, nous avons mouru !!! Belle escapade.

La gare de Nantes sera celle de la séparation .Elle nous prend à la gorge et nous prive d’air. Nous sommes en apnée totale et le sel des larmes s’écoule sur le quai. Bonheur/ malheur oxymore de l’amour.

Ma re-solitude s’étire dans les rues nantaises. Le barman qui m’accueille accompagne mon chagrin, comprend ma peine et m’offre le cidre de l’amitié. Confiance en l’homme et en l’avenir de l’homme. Solidarité devant les larmes de la vie.

 

C’est mon premier retour « chez moi » sur le caillou. Des impressions de “déjà vécu“ bercent mon esprit. Douleur de la séparation et joie des retrouvailles. Besoin de revenir ici et besoin d’elles ! Oxymore de la vie !

Dans la salle d’attente qui prépare à la traversée, des « connaissances » me parlent comme si j’étais des leurs. Ils me racontent leur vie, leur noël, leurs festivités ! Je sens leur joie de vivre en famille et leur plaisir de revenir sur l’île ! Tout cela me questionne vraiment.

VŒUX …pour moi

Je m’en remets au vent

Que le vent gonfle la voile de mes envies et m’emmène vers l’horizon de mes rêves. Pour 2015 j’ai largué les amarres, bordé les voiles et pris mon cap toutes voiles dehors, les yeux fixés sur l’amer de mes espérances. Peut-être faudra-t-il prendre un ou deux ris, louvoyer, éviter quelques grains mais avec une bonne dose de tafia lors des moments de doute je pourrai frapper mes aussières sur les  ports de mes rêves.

Et …pour vous

 

Epuisez le champ des possibles

Soyez réalistes

Demandez l’impossible

Gardez les pieds sur terre

Lancez votre tête dans les étoiles

Eliminez vos certitudes

Découvrez l’égalité devant l’ignorance

Appréciez la beauté de votre sillage car

Quand il disparaît c’est  pour mieux renaître

Chacun a en lui un peu de Robinson

Avec un nouveau monde à découvrir

Et un vendredi à rencontrer.

 

Depuis quelques jours, le temps est serein et le soleil irradie l’île. Le spectacle est magique. Je suis comme un gamin, je gambade à l’usure sur les rochers et je m’enivre d’embruns pendant que mes yeux et mon petit téléphone emmagasinent des images inestimables.

Le dépeuplement alentour m’emplit chaque jour. Le silence progresse à petits pas et la solitude  qui s’installe, peuplée de regards bienveillants et de paroles rassurantes  me réchauffent le cœur…. Mais tu n’es pas là.

Le désordre impossible maîtrisé par l’exiguïté des lieux me force à organiser mon espace. Cette intimité forcée me pousse à la réflexion.

Alors j’écris. J’écris l’histoire de l’homme seul, éloigné de sa compagne et qui cherche, dans un exil confortable, une vérité peut être illusoire…

Jour après jour je contemple fasciné le parcours chaotique et formidable de la vague comme sous l’emprise d’un esprit facétieux. Puis, je referme précautionneusement la porte de cet univers comme le font les domestiques soucieux de la tranquillité de leurs maîtres.

Durant cette vacance merveilleuse que procure le silence je savoure à l’avance les heures de désœuvrement qu’il va falloir combler. Du fond de ma mémoire je n’ai jamais été confronté à cette véritable maîtrise du temps.

Il y a des moments dans une existence où on demande la vérité alors qu’on présume qu’elle va nous heurter.

Il y a des moments dans lesquels on renonce au confort de l’ignorance, aux vapeurs anesthésiantes des certitudes et où on prend le risque du réel. Ce passage  hors de l’habitude donne une véritable sensation de vertige où le fatras de l’ignorance s’efface sous le  fracas de la réalité et là, on reconnaît qu’on est amoureux car on ressent la douloureuse morsure du manque !!!

La richesse de vivre ne passe-t-elle  que par l’envie de l’autre.

Les véritables histoires sont les mouvements du cœur. C’est là que se produisent les orages, les tempêtes et le beau temps. Quand l’amour  devient animal, reptilien, archaïque, alors il s’impose. Demandez-le aux hommes, aux femmes qui ont traversé votre vie. La caresse donnée par l’amour transmet mieux que le discours !

Un jour, quand nous croirons avoir tout maîtrisé, alors nous exploiterons l’énergie de l’AMOUR et pour la seconde fois nous redécouvrirons le feu  et on ne pourra plus s’en passer.

Aimer c’est avant tout prendre un risque. Celui de s’abandonner, d’ouvrir la petite porte de son cœur jusqu’à, parfois, provoquer des douleurs indescriptibles… Aucun médoc pour cela. Je vais donc apprendre à apprivoiser ce sentiment et vivre chaque instant.

On n’invente pas sa vie, on la fait naître au milieu de nos possibles.

Alors, piqué au vif, on se retire dans son intimité pour se draper dans ses principes et on se tait se contentant de contenir le regard de l’autre dans le sien comme on tiendrait une note aiguë jusqu’à son apogée.

J’ai souvent eu plus de plaisirs que de besoins. Aujourd’hui cette course vers l’ascétisme m’apporte souvent l’enchantement nécessaire à mon enthousiasme. Que dit la  mode : « sois milliardaire ». Que dit la vie : « sois riche de toi et des autres ». Il  me fallait donc trouver le bon endroit. Là où il pleut de l’or dans le cœur et les yeux.

Je me suis aussi souvent senti clandestin social…ceux qui ont le pouvoir de dire ont « rarement » le plaisir de faire.

Je vivais entouré d’avis. La pensée y était raccourcie et on ne laissait plus la lumière monter. La mode  actuelle est de savoir parler de tout sans rien comprendre. On veut juste être informé. C’est indécent !

Construire la réflexion sera un privilège réservé à ceux qui auront la prétention du savoir partagé. Amis de la philosophie, voyageurs de l’utopie, lequel de nous aura l’audace de voir en l’autre autre chose qu’une menace.

J’aime ces êtres qui ne glissent pas vers le raisonnable et qui ré -enchantent le réel en nous faisant découvrir la possibilité d’une autre réalité. Oser et ne jamais renoncer.

Où se situe la frontière qui délimite le besoin impérieux de remplir le VIDE et le désir vrai ?

Entre l’envie et le regret il y a peut-être le présent, comme une protection contre les sirènes de l’avenir.

Pour pouvoir passer de l’autre côté, il me fallait pourtant savoir où aller.

Je ne suis pas d’ici, je ne me sens pas d’ailleurs non plus mais là, je suis bien. Je me sens guéri de mon errance au milieu de nulle part !

L’océan c’est peut-être comme l’hôpital. On y croise des convalescents, des gens fuyant les douleurs de la vie  et d’autres en parfaite santé.

Pendant que le dos se voûte, dans le torse le cœur se bat.

Alors, même si  parfois je  me sens démuni, offert aux grands vents, aux tempêtes, je songe à cet éternel recommencement qui réunit l’éphémère et l’immuable.

Le temps de la vague qui s’écrase et le bruit de l’océan qui respire chaque seconde différemment m’offrent cette richesse.

Ce temps est ma pierre philosophale.

Impossible, un possible, une possible, … Une sirène passe devant moi  dans le silence du couchant. Mes narines vibrent sous des effluves marins. Elle  est là. Je me défends, ma camisole craque. Je jette mon filet comme un boxeur son gant.

Quand Ulysse est parti c’était dit-on  pour mieux revenir. Alors, ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible.

Ma présence ici, je la dois à ce jour de juillet où je découvris les rives de l’île. Pendant plusieurs années, j’ai puisé dans ses richesses intérieures.

Je porte en moi le souvenir intense de ce premier rendez-vous.

Les madeleines se réchauffent-elles ?

Si très souvent j’ai aimé trop, je vais maintenant apprendre à aimer bien.