Meilleur Vœu D’Yeu à Saint Sylvestre

Meilleur Vœu D’Yeu à Saint Sylvestre

Meilleur Vœu D’Yeu à Saint Sylvestre

Valérie Schneider

Décembre 2014

 

Premier jour, Ile d’Yeu

26 décembre. Eve a un trop de plein de pas assez et de beaucoup trop cette année là. Cette année là, comme une rengaine de trop. Le fond de l’air est frais. Le vent hésite un peu sur la direction à prendre. Eve plane et vole en éclats. Un peu plus de 40 ans. Ni plus, ni moins que 4 enfants. Eve ne rit plus. 40 ans et des poussières et Eve, presque morte en dedans. Beaucoup de poussières. Autant qu’en emporte le vent.

Noël est derrière elle. Noël en famille. Noël sur son île. Rien ne change. Comme chaque année, depuis toujours, Eve attend de pied ferme un Père Noel. Une maison aux clous de girofles et un parfum d’agrumes. Un feu crépite et chasse le brouillard derrière les vitres. Un temps de Noël, un temps de magie.

26 décembre. Une île. Un autre monde dans son brouillard. Un autre monde quand la corne de brume sonne le rappel des marins. Une île, un cocon dans lequel Eve s’est enveloppée depuis tant d’années. Celui dans lequel elle a bercé, année après année, chaque enfant dans sa maison. Chacun emmitouflé dans son plaid. Chacun lové dans sa parenthèse de riens. Une parenthèse qui tient à un petit bout de laine, un peu de douceur et à ne rien faire. Pas d’horaires, une petite ballade par jour. Juste histoire de se dire que les embruns, c’est bon pour la santé, aère les idées, donne le teint frais et vivifie le sang.

26 décembre. Chacun sa parenthèse de riens. La journée commence, comme toujours, par une parenthèse pour Eve. Seule avec son café, Eve regarde passer le temps, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il se réchauffe. Et ce jour là, c’est temps de brouillard.

26 décembre. Journée bien aérée. Eve peut enfin souffler. Noël est derrière. Eve se relâche et s’offre un répit. Pas de pression, comme une cocotte minute qui ne servira pas aujourd’hui. Aujourd’hui, repas froid. Les restes de la veille.
Rien à faire de rien aujourd’hui. Encore que. Toujours un petit quelque chose à faire quand elle y pense. Les chaussures abandonnées prêt du sapin, la veille. A classer par paires, à ranger. Le conte de fées est fini. Vivement l’année prochaine. Eve aime réécrire chaque année la même histoire. Et aujourd’hui, son regard s’attarde sur ses chaussures. Eve rit.

26 décembre. Rien avoir avec le conte qu’elle a raconté hier à ses enfants. Rien à voir non plus avec l’état de sa chaussure au pied du sapin. Ce n’est pas celle de Cendrillon. C’est la sienne. La moche, l’usée, la confortable, celle qui court toute la journée pour rendre les enfants heureux. C’est moche, mais ce jour là, Eve sourit. Une chaussure qui ne va qu’à elle. Tout terrain, comme Eve est bonne à tout faire. Sauter les caniveaux sur le chemin de l’école. Faire le pied de grue sur la touche d’un stade le mercredi. Parcourir les sentiers boueux de l’ile par jour de pluie. Parcourir les mêmes sentiers poussiéreux par jour de grand beau. Une chaussure qui fait sourire Eve. Mais ce qui la fait rire, ce sont les cadeaux restés à l’intérieur. Une sucette d’un premier enfant. Un portrait d’elle dessiné par un second. Une tirelire pour les fonds de tiroir d’un troisième. Un petit mot d’un quatrième. Simplement Joyeux Noël Maman EVE. E comme Emerveillée, V comme Vigilante, E comme Elégante. Ce jour là, l’élégance de sa chaussure fait rire. Même le traditionnel cadeau de son mari absent fait rire Eve.

Toujours le même depuis bien des années. Un simple mot. Joyeux Noël. Bon pour les Soldes. Un chèque en blanc. Un chèque sans valeur.
C’est sûr. Eve, cette année, a besoin de chaussures et a le sens de l’ironie. Eve aime fixer elle-même la valeur qu’elle accorde aux choses. Jamais elle ne dit à son mari combien elle dépense. C’est son secret. Elle paye cash en énergie, cash en argent, cash en arguments. Eve fonctionne au forfait non bloqué. Le cadeau de son mari vaudra la valeur qu’il souhaite lui accorder lui-même. Un petit coup de fil avant les soldes. Combien le bon? Eve, depuis toujours, ne lui rend aucun compte. Elle dépense ce qu’elle veut de l’argent qu’elle gagne, pour lui, pour les enfants, pour la maison, pour le jardin et, une fois par an, pour elle. Eve et son mari n’ont pas le même sens des valeurs. Son mari en enlève, Eve en rajoute.

Eve croise les doigts. Personne ne doit le découvrir. Eve est incorrigible. Eve a en douce le sens de l’humour. Eve a fait des études. Eve connaît son droit. Et ce matin, Eve rit devant une vieille chaussure et son contenu.

26 décembre. Les heures passent sans rien faire. Rares, si rares, surtout en décembre. Eve a repris le flambeau des Noëls en famille après sa grand-mère et sa grand-mère avant elle. Année après année, elle prépare pendant des jours et des nuits des petits gâteaux de Noel. Juste à offrir, à partager, à transmettre. Jeune célibataire, enceinte jusqu’aux yeux, en plein deuil, entre deux dossiers urgents du bureau. Si ce n’est le jour, c’est la nuit. Des heures d’amour mélangées à quelques œufs, de la farine et quelques grammes de cannelle. Le plus beau cadeau de Noël d’Eve, c’était le regard de son père quand, année après année, elle lui offrait quelques miettes du goût de son enfance. Eve sourit. Un peu plus pâle que d’habitude, le sourire. Cette année, Eve, comme toujours, a tout préparé. Un peu plus dur que d’habitude. Simplement épuisée par ces deux dernières années. Et pourtant, elle savait que ce serait dur. Tout le monde l’a prévenu. Lâche l’affaire. C’est inutile.

Eve est incorrigible. Elle n’écoute personne. Eve aime l’inutile. Eve ne recule devant rien pour ça. Forte comme son café du matin, Eve s’accroche à la barre. Ne pas lâcher ça. Jamais, je ne lâcherai. C’est moi, c’est Eve. Eve s’en fout que les autres ne comprennent pas, trouvent ça puéril, ridicule, surhumain. Elle y jette la dernière étincelle de sa force, comme un dernier « c’est moi, je vis ». Son essence incorporée dans des kilos de pâte. Qu’une larme, cette année là, soit tombée dedans ne fait pas de différence. Vite oubliée, la larme. Absorbée dans le tout, soupoudrée d’un sourire qui fera oublié l’amertume.

Eve croit à Noël. Tant qu’elle sait vivre Noël, elle est vivante.

26 décembre. Le temps passe, lentement. La nuit tombe dans le brouillard. Et surprise ! Un oublié, un non prévu sur la liste, s’invite alors que le temps de Noël s’attarde encore dans l’air humide de l’île. Un souvenir de Noël, premier Noël en couple. Il y a une éternité. Eve depuis longtemps à arrêter de compter ses années de mariage, de compter sur son couple.

Ce soir-là, son mari s’invite au lendemain de fête qui déchante. Son mari, toujours absent, même assis sur le canapé. Eve est surprise, mais généreuse. Elle accueille son mari, comme il est en droit d’être accueilli. Normal, c’est elle qui tient les comptes, mais c’est lui qui est avocat.

Le souvenir de son mari lui revient, ce soir là. Un vieux reliquat qui traîne. Premier Noël en couple. Première larme vite essuyée. Ce n’est pas grave, rien que les parfums d’agrumes. Ces sacrés parfums qui piquent les yeux. Eve, 25 ans, fraîche, gaie, heureuse de rendre heureux, a préparé un sapin surprise.

Son mari, rentré tard, déjà fatigué, 25 ans, déjà vieux, n’avait pas su sourire. Son verdict est tombé, implacable. Noël ne sert à rien. Ridicule quand on n’a pas d’enfant. Puéril. Premier Noël quand son mari, qui n’était pas encore son mari, mais déjà étranger, a regardé Eve comme une étrangère. Le même regard, que quand il la regarde lire et relire encore des histoires d’ailleurs, des histoires d’autres mondes, des histoires d’avant, des histoires d’après. Le même regard que le jour où il a lâché, un peu trop brusque, un morceau irréparable. Tu ne crois pas que tu pourrais lire utile de temps en temps ?

Oui. Eve croit en l’inutile. Oui. Elle sait lire aussi les fiches cuisine des magazines. Oui, Eve est incorrigible. Eve a l’humour domestique. C’est son secret. Sa bulle de Noël, sa magie, ses émerveillements d’enfant. Noël sera toujours les cadeaux qu’elle aime faire, les souvenirs qu’elle aime garder, les souvenirs qu’elle aime laisser. Souvenir de ce premier sapin, sans enfant, qui ne valait pas d’être partagé. Eve a dû justifier sa position. Elle s’en fout des enfants, elle le jure. Noël, c’est personnel, elle le jure aussi. Plus jamais elle ne demandera à son mari de le partager. Tout ira bien. Elle le jure et croise les doigts.

L’affaire est réglée. Un compromis conjugal signé, en bas à droite en triple exemplaire. Chacun est libre de ses croyances. Chacun est libre de son temps. Donnant, donnant. Eve est libre de rêver à condition que cela lui serve à quelque chose, à lui. Lui s’engage à ne plus faire de commentaires désobligeants sur les rêves qui le dépassent. Elle est libre de souffler, le temps de Noël, toutes les bulles qu’elle désire dans la vie de leurs enfants à naître. Donnant, donnant. Eve accepte de l’épouser. Eve et son futur mari s’engage, pour le Noël suivant, à se donner un enfant et, coïncidemment, un sapin partagé, utile à quelqu’un. Eve, heureuse comme dans une recette de cuisine, a signé le pacte. Eve aime offrir des petits gâteaux de Noël. Eve aime encore plus les enfants. Eve sait négocier. Elle n’a pas cher payé. Eve a promis de se marier. Elle n’attend rien en retour, simplement qu’il la laisse vivre dans sa bulle.

Donnant, donnant. Eve connaît son droit. Elle a fait des études. Elle a Noël. Le droit d’être heureuse pour Noël et d’offrir ce bonheur à qui de droit. Son manque d’intérêt à lui, ne lui donne pas le droit d’éclater d’un regard, ni la bulle susmentionnée, ni aucune des petites bulles qui découleraient directement ou indirectement de ses petits bonheurs personnels.

Voilà tout était écrit d’avance, il y a bien des années. Eve s’est engagée pour ne jamais oublier Noël. Et pourtant, des années de mariage et 4 enfants plus tard, le souvenir de ce Noël oublié vient seulement de lui revenir, comme un boomerang, en pleine mémoire. Il manquait ce petit reliquat des temps passés à ses côtés. Eve a bonne mémoire, mais Eve est généreuse. Eve a accueilli tardivement le souvenir perdu de son mari. Pour le dédommager, Eve, lui a taillé un costume pour l’hiver. Celui qu’il mérite depuis tant d’années.

26 décembre. Affaire close. Premier souvenir d’un sapin rangé au grenier. Eve s’est souvenue. Presque morte à l’intérieur, mais encore frémissante, comme l’eau de sa dernière tisane avant de fermer les yeux.

 

Deuxième jour, Ile d’Yeu.

27 décembre. Tisane ou pas, Eve a mal dormi. Elle sait qu’il manque quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un. Rapide tour d’horizon. Le regard d’Eve tombe sur la pile des photos en retard. Eve tient, comme un métronome à son piano, au temps des albums photos de la famille. Pour elle, pour eux plus tard. Les bons moments collés avec amour, englués, figés à jamais.

Chaque année, Eve arrête le temps et le scotche sur des pages noires. Des pages noires de monde. Tempête à Noël. Surf à Pâques. Pique-niques d’été sur la plage. Coucher de soleil – saison non identifiée -. Un anniversaire. La rentrée à Paris. Photos de classe. Encore un anniversaire. Halloween et quatre citrouilles. Un anniversaire. Un anniversaire. Retour de Noël. Comme un simple flux et reflux de marée.

27 décembre. Un simple flux et reflux, comme d’habitude. Et ce jour là, c’est grande marée. La pile de clichés est haute, très haute. Eve cherche les rares photos d’elle, juste pour être quand même un peu présente dans l’album, un peu présente dans la famille. Un peu par habitude, un peu par principe. Comme d’habitude, 1, 2, 3, un point, c’est tout. C’est tout, c’est normal. C’est toujours Eve qui est derrière l’objectif, pour offrir à sa tribu des traces de leur enfance, de leurs racines. Des traces à suivre, un jour, avec leurs enfants. La marée est haute cette année, la pile impressionnante. Eve a été débordée. Toujours sur le pont depuis deux ans. Deux années à rattraper, deux années à coller, à commenter. Deux années qu’elle n’a pas fait de mise au point. Tout est passé en mode automatique. La photo, la vie. Deux années passées sans fixer l’instant, sans arrêter des regards pris en flagrant délit. Deux années passées, sans vérifier si ses enfants ont toujours leurs si éblouissants sourires. Un regard solaire, un plaisir coquin, un clin d’œil maladroit, un bonheur barbouillé jusqu’aux oreilles.

27 décembre. Ouf ! Tout va bien. Ses enfants vont bien. Toujours aussi radieux. Ce n’est qu’elle, ce n’est pas grave. Pas le temps de s’y attarder. Les enfants vont bien. Le retard est rattrapé, les albums sont à jour.

27 décembre. Le jour se couche comme il s’est levé, dans le brouillard. Tout va bien. Eve a rattrapé le temps qui lui a manqué. Eve n’a pas vu le temps passé.

 

Troisième jour, Ile d’Yeu.

28 décembre. Les albums sont posés près de la machine à café. Les pages sont prêtes à être tournées. Une jolie vue d’ensemble pour accompagner joliment le café du matin. Seule quand les enfants ont mangé, quand elle a tout débarrassé pendant qu’eux débarrassent vite le plancher.

Eve voit mal, son regard est troublé. Ce n’est rien, juste une larme qui roule en silence. Un regard troublé en feuilletant les deux dernières années. Juste un peu de brouillard qui traine. Qui traine derrière ses carreaux. C’est normal, Eve a 40 ans et des poussières et voit flou sans lunettes depuis quelques temps.

Vite essuyée, la larme. Pas un temps à trainer sur la terrasse. Le fond de l’air est frais. Eve a froid. La mort de son père. La mort de sa sœur. Sa presque mort à elle. Deux en deux ans et elle, tout en dedans, en deux ans aussi. Eve ne l’a même pas vu venir, n’a pas senti le temps passé. Elle ne s’est même pas sentie mourir. 1, 2, 3 photos d’elle, et les deux dernières années l’ont rattrapée. Eve se voit floue. Floue sur les photos. Transparente, insignifiante, vide, abandonnée de son corps. Plus d’envies, juste assez de force pour la survie. Abandonnée de son corps. Moche, grosse, terne, absente. Un trop de plein de pas assez et de beaucoup trop. Trop de fins de vie à porter ces deux dernières années. Trop de débuts de vie à protéger aussi. Trop de personnes à entourer. Besoin de remparts. Le cuir épais et la graisse généreuse pour les jours fragiles d’hiver. C’est normal, les temps sont difficiles et Eve a froid. Ce n’est pas grave, quand il faut, il faut. Et Eve a dû.

28 décembre. Vite essuyée, la larme. Pas le temps. L’un des enfants, ou peut-être l’autre, va arriver, comme toujours avec une demande. Des piles pour les cadeaux de Noël. Un câlin. Un truc à boire. Un repas à servir. Un « Arrête» de plus, comme un jugement à exécuter in extremis pour rendre à l’un la tranquillité que l’autre a prise. Une ballade pour défouler les fauves. Une bûche à remettre dans la cheminée. Encore un truc perdu à retrouver. Encore un diner à servir. Encore une bûche pour le dessert. Pour finir, comme chaque jour, en palmarès. Comme d’habitude, Eve tranchera et choisira le film primé du soir. Palme invariablement contestée, critiquée. Et le vainqueur sera …

Un moment de silence et le suspens prend fin. Aujourd’hui, 28 décembre, c’est un câlin, qui arrive sur la terrasse en numéro 1. En numéro 2, les piles. Normal, c’est encore un peu Noël.

28 décembre. Vite essuyée la larme. Pas le temps maintenant, pas encore. Juste le temps d’hausser les épaules pour signifier, c’est la vie. C’est la vie, ce n’est pas grave. Ouf, tout le monde va bien, même les morts. Tout s’est bien passé. Ce n’est pas grave, ce n’est qu’elle. Ce n’est pas important. Eve n’a pas d’importance. Eve ne compte pas plus que les kilos et les années qui lui pèsent. Eve va de l’avant. Elle évalue le temps qui lui reste, comme elle soupèse sa silhouette sur les photos. Ce qu’elle pourra encore porter et combien de temps, comme une robe qu’on essaye. Non, trop long. Non, trop court. Non, trop serré. Non, donne grise mine. Et Eve voit large, comme toujours, pour se laisser une marge de sécurité pour s’y glisser sans trop d’efforts. Eve a 40 ans et des poussières. Dans 20 ans, la retraite et encore, ce n’est pas sûr. Et après … Après, rien. Rien que de la poussière. Plus de repas à servir. Sans valeur.

28 décembre. Eve inspire, inspire. Un parfum de Noël flotte encore dans l’air. Tout va bien, ses enfants vont bien. Heureux. Ce n’est qu’elle, ce n’est pas grave.

Une simple mise entre parenthèse d’Eve. Comme pour le café du matin, Eve sait s’oublier. Juste elle. Jamais les autres. Jamais ses enfants. V comme vigilante, Eve y veille.
Eve ne recule devant rien pour ses enfants. Pour un rien, pour un sourire, pour un éclat de rire, pour qu’ils soient beaux, pour qu’ils soient fiers, pour qu’ils soient libres. Pour que, toute leur vie, ils croient au père Noël.

Eve ne recule devant rien, ni personne. Elle se bat pour que ses proches meurent en douceur. Elle se débat pour que ses amis de passage repartent avec quelques bulles de bonheur en souvenirs pour le reste de l’année. Aussi simplement qu’un parfum de cannelle prolonge Noël.

28 décembre. Eve compte son temps, compte ses larmes. Une seule suffit à chaque jour. Et demain est un autre jour.

 

Quatrième jour, Ile d’Yeu.

29 décembre. Eve sait que la journée va tenir à un fil. Un numéro d’équilibriste. Elle a épuisé son quota de larmes la veille. Une seule suffit à chaque jour. Il va falloir faire sans. Sans larme et sans filet. Temps de brouillard et pas une journée à partir la pêche. Tant pis, il va falloir trouver autre chose pour occuper les enfants, autre chose pour s’occuper d’elle. Autre chose pour passer le temps. Quelque chose qui fasse sourire les enfants, quelque chose qui la fasse sourire aussi. Et ce jour là, les enfants lui soufflent leur sourire.

29 décembre. Les enfants surfent sur internet, quand le temps ne se prête pas à flirter avec les vagues. Et ce jour, là, Eve les regarde sourire, concentrés sur leurs écrans. Chacun le sien, comme les plaids. Eve décide de s’accorder des sourires aujourd’hui. Tant pis pour les mails en retard. Eve s’accorde une journée de trêve des confiseurs. Une journée à surfer. Les soldes n’ont pas encore commencé. Ce n’est pas raisonnable, les placards débordent. Peut-être une petite commode pour ranger les dernières achats. Oui, c’est ça. Une petite commode. Jolie, pas chère. En bois brut. A peindre et patiner. Pour occuper les mains après les petits gâteaux de Noel. C’est beau le bois, c’est vivant.

29 décembre. Pas de quoi remplir la journée, quand même, la petite commode. Eve réalise d’un coup qu’elle n’est plus à la page. Qu’il est temps de la rafraîchir. Restée à la traine de sa vie, Eve est décidée à ne pas rester en plus en rade sur le reste. Surtout à l’Ile d’Yeu. Et Eve sourit à nouveau toute seule. Parée à virer, parée à débarquer sur les réseaux sociaux.

Profil. Vite fait, bien fait. Le choix entre les trois photos de l’album. Pas plus, pas moins.

29 décembre. Son ainé, un vrai soleil, jette un coup d’œil par dessus son épaule. « Bravo, maman, 5 heures pour 5 amis. C’est la honte. Allez, invites moi, , je vais t’accepter.»
Pragmatique, mais têtue, Eve veut bien faire. Elle explique laborieusement. Qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Eclats de rire des enfants. « Ca ne marche pas comme ça, maman. Prends tous les gens sympas à qui tu as parlé dans ta vie et invite les. On ne sait pas, nous. Des gens d’avant ! Qui tu veux, quoi ! ».

Mais elle veut qui, Eve ? Des gens d’avant, comme disent ses enfants. Des gens de son époque, comme s’ils parlaient du temps des dinosaures. Des gens d’avant, des gens de quand elle connaissait des gens. C’était il y a si longtemps. Ils ne se souviendront sûrement même pas de mon nom, marmonne Eve. Nouveaux éclats de rire. « Tu crois vraiment être assez passe-partout pour qu’on t’oublie ? ».

Oui, je crois, pense très fort Eve. Pas de larme qui coule aujourd’hui, juste un sourire fatigué et comme un air en tête. J’ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien. Et eux ? Les amis d’avant, les amis de bien avant, les amis d’avant qu’Eve ne soit portée disparue. Se souviendront-ils ?

Eve qui ne doute de rien, Eve qui parle facile avec tout le monde, ne va pas se laisser intimider par quelques clics. Zéro risque, disent les enfants. Go. Pas pire qu’un bain de mer glacé. Le tout est de se lancer.

29 décembre. C’est le moment de se lancer. Un peu dans tous les sens. Eve a fait des études. Plusieurs diplômes. Eve a beaucoup travaillé. Un peu partout. Eve a voyagé. Des invitations tout azimut dans les 2 888 dernières minutes restantes avant Saint Sylvestre. Quelques bons vœux lui souriront peut-être en retour. Ou pas. Zéro risque, disent les enfants.

29 décembre. Zéro risque à essayer de retrouver des petits bouts de l’Eve qu’elle était. L’Eve qu’elle était quand elle avait des rêves. Des petits bouts de vie qui débordaient partout, des petits bouts de vie qui pétillaient dans tous les sens.
A propos de champagne… Ouf ! Il est déjà au frais pour Saint Sylvestre. Tout va bien pour le champagne. Ce n’est qu’Eve qui se sent comme une eau plate.

Non, tout ne va pas bien. Ca lui revient. Eve a oublié quelque chose. Eve n’a pas préparé de vœu pour Saint Sylvestre. Eve aime que tout soit prêt pour les grandes occasions. Pour que les soirs de grand soir, elle puisse simplement profiter de l’instant présent. Profiter des invités. Profiter des amis. Et ce jour là, il lui manque un vœu, un vœu rien que pour elle.

Que souhaiterait, Eve, la Terrienne, si elle vivait au pays des fées ? Eve ne cherche pas midi à quatorze heures. Elle aimerait à nouveau avoir 15 ans. Le cœur qui bat, le souffle court, le rose aux joues, les cheveux aux vents. 15 ans et plein de rêves.

29 décembre. Eve remet vite les pendules à l’heure. 15 ans, c’est trop tard. Il faut simplifier l’équation. On oublie l’âge et conserve cœur qui bat, souffle court, rose aux joues, cheveux aux vents. Ouf ! Tout va bien. Eve à trouver son vœu avec deux jours d’avance. Eve se souhaitera des amants pour la nouvelle année.

Simplement des amants. Simplement pour sentir le feu dans ses veines. Simplement pour être belle pour quelques heures. Simplement pour se voir autre dans le regard d’un autre.
Mais simplement, c’est compliqué pour une femme organisée. Eve est organisée, mais Eve va vite en affaires.

Quand ? Jusqu’au printemps pour trouver. Jusqu’au printemps pour se refaire une beauté. Plus de nouvelles robes et de chaussures.
Où ? Pas chez elle. Ni vue, ni connue. Lieux variables, si possible à usage unique. Comment ? Des parenthèses sans lendemain, sans complications. Ne pas bousculer sa vie. Toujours parfaite à la maison. Personne n’y verra que du feu. Eve sursaute. Elle a oublié de remettre une bûche dans la cheminée. Ouf ! Quelques braises ont survécu. Eve reprend presqu’où elle s’était arrêtée. Les braises donc … Eve va souffler, souffler, respirer, respirer, l’année prochaine. Souffler sur des restes de baisers enflammés, des draps froissés, des caresses impatientes, des attentes insoutenables, des murmures au creux de l’oreille. Ne plus oublier d’alimenter le feu dans ses veines. Tel est son vœu.

Combien ? Une aventure pour prendre des réserves jusqu’à la prochaine aventure et ainsi de suite. Nombre indéterminé donc. A déterminer en fonction des besoins au fur et à mesure qu’ils se présenteront. Jamais plus d’un amant à la fois. Jamais deux fois le même non plus.

Qui ? Pragmatique, Eve se demande qui elle peut bien intéresser en maîtresse pas compliquée. Pas un type ramassé dans un bar. Elle n’a jamais su faire ça. Du désir, c’est ça la clef. Eve réfléchit. Quand a-t-elle ressenti le désir d’un homme pour la dernière fois? Elle écarte vite un homme marié. Elle a ce qu’il faut à la maison. Moins il la touche, mieux elle se porte et réciproquement. Eve écarte aussi le célibataire de son âge ou plus. Impossible. Trop de risques qu’il prenne l’aventure au sérieux.

Trentenaire célibataire, cherchant l’amour et la future mère de ses enfants. C’est ça. Trentenaire prêt à une aventure avec une mère de famille pour patienter. Un homme qui aurait envie d’elle, version carte postale. La version mère parfaite qu’effleure parfois des regard furtifs d’hommes qui se rêvent en maris, bien plus que son mari, lui portent son sac de plage, aident la petite dernière à apprendre à nager, lui demandent toujours si tout va bien, s’ils peuvent l’aider un peu inquiets devant l’ampleur de la tâche. Oui, c’est ça. Les trentenaires célibataires peuvent aider, Eve. L’aider à redevenir désirable, l’aider à se retrouver.

29 décembre. Eve va survivre le temps qu’il faudra. Elle le sait. Eve a préparé son vœu. Eve va prendre ce qu’elle peut, où elle peut. Eve va prendre des amants. Affaire réglée dans les grandes lignes. Ajustements à prévoir. Dossier fermé sans une larme. Décision prise sans un battement de cil. Mission accomplie.

Retour à la maison et ses urgences du jour. Eve retourne à ses fourneaux, à ses plumeaux, à ses pinceaux. Il y a les volets à ravaler. Et vite. Les vacances se terminent dans trois jours. Ca va être juste pour toutes les couches de peinture.

 

Cinquième jour, Ile d’Yeu.

30 décembre. Eve ne peut plus reculer aujourd’hui. Eve va gérer. Eve a sa société. Eve sait compter. Il reste deux jours avant la clôture des comptes et trois avant la clôture de la maison pour l’hiver.
Pas le temps de décrocher. C’est ça. Demander aux enfants de décrocher les décorations de Noël. En silence surtout. Aujourd’hui, Eve doit régler ses comptes. Eve aime quand la nouvelle année commence bien nette, sans reliquat. Le jour est à intégrer les dernières écritures dans sa comptabilité et boucler l’inventaire de l’exercice pour dégager de la marge pour les amants de l’année à venir.

30 décembre. Plus le temps pour les prévisions. Plus d’approximations. 40 ans et des poussières. N’importe quoi. Pas de poussière à ce stade là. 43 donc. Ca ne va pas, non plus, comme ça. Pas une valeur de référence sérieuse, l’âge. Et hop, marche arrière, comme au bureau, Eve refait ses comptes. On oublie son âge. On ne garde que le principal dans le bilan et les intérêts comme charges à honorer.

30 décembre. Eve s’agace. Tout allait bien pourtant, il y a deux jours. Ses intérêts ne pesaient plus lourd dans la balance. Eve avait perdu en route l’intérêt des choses. L’équilibre était trouvé. Les comptes tombaient justes. Sans compter les amants. Tout est à recommencer. Trouver du temps, de la place et de l’intérêt. Une case bien précise pour faire rentrer au chausse-pied des amants pour la reine des comptes. Eve a beau s’agacer, elle sait gérer.

Trouver la juste place. Eve n’aime pas tricher avec les comptes à rendre. Eve affichera la valeur précise qu’elle est prête à attribuer à la relation, le temps et les sentiments qu’elle est prête à investir. Eve rit. Il va falloir qu’elle trouve un petit amant. Un tout petit amant qui ne prenne pas trop de place. Et pourtant un amant qui présente un intérêt et qu’elle puisse intéresser. Donnant, donnant. 20 ans d’entrainement.

Nota Bene. Penser aux alibis. Nom de code : Bien-être, épanouissement personnel. Un clic plus tard, des centaines d’alternatives s’affichent à l’écran. Un inventaire à la Prévert. Des cases pour abriter discrètement ses amants, pour ouvrir et fermer proprement les parenthèses. Peinture sur soie. Remise en forme. Thalasso. Cultiver son jardin. L’art de respirer. Eve remercie le Nouvel Age. Même son mari comprendra qu’on ne plaisante pas avec son nouvel âge. A 43 ans, il faut savoir se faire du bien.

30 décembre. Eve n’a pas perdu sa longue journée. Eve se souvient qu’elle comptait bien avant et se repose là-dessus.

 

Sixième jour, Ile d’Yeu.

31 décembre. Matinée active. Table de fête dressée. Plateaux de fruits de mer commandés. Une demi-journée d’avance. Comme toujours. Un battement pour l’inconnu. Un temps pour accueillir les surprises qui tombent du ciel. Et ce jour là, la surprise est de taille. Immense. Infinie, comme un premier amour. Une surprise qui tient à presque rien. A un bip sur son écran, à un message social. Un simple bonjour. Et le jour est bon. Eve aujourd’hui a retrouvé un ami. Son ami le plus cher. Il s’est souvenu de son nom.

31 décembre. Eve est curieuse. Eve est heureuse. Son ami est heureux. Sa vie est belle. Cette pensée remplit toute sa journée. Elle espère même qu’il est heureux pour deux. Eve croise les doigts. Tout va bien. Il va bien. Ce n’est qu’elle.

31 décembre. 3 messages plus loin, vite faits, bien faits, pour rattraper le temps perdu, son ami, à peine retrouvé, lui lance une bombe. Négligemment. Sans même y prêter attention. Le souvenir lui explose à la figure.
Simplement « Eve, te souviens-tu quand nous avions 15 ans. Ce que jour tu m’as dit le jour où tu es partie ? Le jour où j’ai été si mal à l’aise pour te dire que je ne t’aimais pas, le jour où je t’ai dit que tu n’étais qu’une amie ? ». Trois lignes pour que le cœur d’Eve s’arrête de battre. Elle souhaite être morte plutôt que de revivre le jour où elle n’avait pas pu partir sans rien dire. Ce ridicule mot de la fin, pour qu’il n’ait jamais l’excuse de l’ignorer. Pour n’avoir jamais de regrets. Ce dernier jour, où elle lui a jeté à la figure, comme d’autres balancent une gifle, tout ce qu’il représente pour elle. Ce dernier jour où elle l’a invité, pour toute sa vie, à la rejoindre. N’importe où, n’importe quand. Une déclaration, comme seul on ose le faire à 15 ans. Je t’ai toujours aimé, je t’aime et je t’aimerai toujours.

Nette, claire et précise à 15 ans, comme une déclaration fiscale. Une déclaration unique, rien que pour lui. Et pourtant, elle était déterminée à remplir proprement toutes les cases. A prendre des amants, un mari. A avoir des enfants. Rien ne manquera. Et pourtant sa déclaration restera juste.

31 décembre. Eve est en colère. Qu’est-ce qu’espérait son premier et dernier amour? Qu’elle s’excuse pour le désagrément ? Pour les mots prononcés ce jour-là, il y a près de 30 ans ? Il est en retard pour les excuses.
Eve est en colère. Il est en avance. Elle n’a pas prononcé son vœu à Saint Sylvestre. Elle n’a pas encore pris d’amants. Pas encore la cuirasse d’une maîtresse aguerrie, pour lui répondre, merci, tout va bien, pour moi aussi. En colère contre lui, contre elle, Eve n’a plus envie de sourire aux invités. Plus envie de prononcer son vœu. Eve ne veut plus d’amant, même tout petit. Eve ne veut plus rien de ce qu’elle a prévu. Eve est morte une deuxième fois, ce jour là, comme il y a 30 ans.

Oubliés les rêves à la petite semaine sur l’Ile d’Yeu. Il n’y aura pas de feu dans ses veines pour Saint Jean. Ce n’est pas le corps qui s’est remis en route comme prévu. C’est le cœur. Et ce soir là, Eve a mal. Elle ne veut plus l’entendre battre trop vite, trop fort. Battre pour rien. Elle ne veut plus entendre son coeur se plaindre. Oublier qu’il existe. Elle le rappelle à l’ordre. On t’a déjà dit non, ne recommence pas. Non, c’est non. Tais-toi. Arrête de faire écho au vide, de répondre à ton ami absent. Eve a l’habitude d’être obéi. Elle veut que son cœur s’arrête de battre. Là tout de suite, sur commande. L’épuisement, la surcharge de travail, la surcharge pondérale. N’importe quoi. Les excuses ne manquent pas. Tout ira bien pour tout le monde. Pour ses

enfants. Pour son ami. Personne ne saura jamais pourquoi son cœur battait trop fort, trop vite. Pourquoi son cœur battait pour rien.

31 décembre. Eve ne peut pas, ne peut plus. Impossible d’arrêter son cœur qui s’emballe. Incorrigible. Pas le cœur à plaisanter avec son ami de la déclaration de ses 15 ans. Plus le cœur à rire. Peu importe que pour lui ce vieux compte à solder prête à sourire. Eve ne sait plus donner le change, plus compter, ce jour là. Les années se sont envolées. Hier est revenu aujourd’hui. La chaleur de sa présence et pas un baiser. La chaleur de sa voix à lui et le silence dans son cœur à elle le jour où il s’est arrêté de lui parler.

31 décembre. Pas de bouée de sauvetage. Pas un amant qui ne tienne auquel se raccrocher. Emporté par le souvenir de l’amour de ses 15 ans. Tout tombe à l’eau. Eve se noie. Même plus elle-même sous le gui. Eve n’est plus ce qu’elle est devenue. Eve a oublié qu’elle a grandi, a oublié qu’elle a vieilli. Eve laisse jaillir la première chose qui lui vient à l’esprit et prononce solennellement son meilleur vœu. Son meilleur vœu d’Yeu à Saint Sylvestre. Son vœu de dernière chance. De l’amour, rien que de l’amour et que tout soit encore possible comme à 15 ans.

Un vœu de renaissance, de nouvelle année.

 

Septième jour, Ile d’Yeu.

1er janvier. Ce matin, Eve s’est réveillée de bonne humeur. Pas question de chanter sous la douche. Cela sonnerait faux. Pas le temps, non plus. Elle doit fermer la maison. Rien n’a changé. Elle n’a pas 15 ans. Comme d’habitude, volets repeints, maison nickel, horaires de bateaux et de train vérifiés.

1er janvier. De bonne humeur, Eve s’est simplement réveillée, déterminée. Déterminée à voir les choses du bon côté. Déterminée à ne pas rêver. Déterminée à ne pas pleurer. Déterminée à arrêter de compter le temps qui passe, à arrêter de compter avec l’amour, à arrêter de compter avec lui surtout. Déterminée à faire avec, déterminée à faire sans, mais pas comme avant. Simplement pas comme avant. Ni plus, ni moins. Simplement retrouver la valeur absolue des choses. Oublier les « ça pourrait être pire », les « ça pourrait être mieux ». Oublier de se situer dans la moyenne. Tout oublier jusqu’à ce qu’il ne reste que ce qui ne peut-être oublié.

1er janvier. Entre 6 valises et 4 enfants, Eve s’offre une accalmie. Eve regarde au loin et cherche des signes dans le brouillard, comme l’enfant qu’elle était. Un rayon de soleil déchire le blanc de janvier, comme un coup de foudre un ciel d’été. Un sourire, plus fort qu’elle, balaye, d’un coup d’un seul, le visage d’Eve, énergique et rapide comme s’il venait lui aussi de balayer d’un revers le sol de la cuisine.

Et si le temps n’existait pas? Et si elle devait tout terminer aujourd’hui, ce septième et dernier jour de vacances ? Le dernier mot à coller comme un post-it avant de partir, pour ne pas oublier ce qui ne doit pas être oublié. Un simple « Merci d’exister» aux personnes qu’elle aime. Simple et évident comme à qui ne pas l’adresser. Ni à ses faux amours à venir, ni à son mari.

1er janvier. L’année commence brutalement comme son sourire, brièvement comme le coup de fil à son mari. Sans un merci.
« Allo, c’est Eve. Je revis. Je suis de retour. Les enfants arrivent à la gare à 19h43. Je reste sur l’Ile d’Yeu. J’ai fait un vœu à Saint Sylvestre. De l’amour, rien que de l’amour, toujours. Ne m’attends pas. ».

1er janvier. La nouvelle Eve est redevenue tout simplement Eve. Sans âge pour toujours.