Qui, Laura ?

Qui, Laura ?

Qui, Laura ?

Nicolas Didelle

 

« Les filles d’Yeu ? Ce sont des sirènes », m’a dit Sébastien en baissant la voix. « Elles sont mi- femme, mi-thon ! ».

Il ne m’a même pas laissé le temps de réagir et il a explosé de rire en pointant son doigt dans ma direction, histoire que je comprenne bien qu’il m’avait eu. A côté de lui, David, Teddy et Loïc rigolaient déjà comme des baleines, heureux du petit effet de cette blague qu’ils devaient connaître par coeur. C’était sans doute celle qu’ils réservaient aux touristes.

Nous étions était dans un petit bar de Port-Joinville à boire des bières. Sébastien, David, Teddy et Loïc étaient les quatre jeunes pêcheurs que je suivais durant toute une semaine à l’occasion d’un reportage photo. Ils étaient plutôt sympas. Sébastien, c’était un type grand, le muscle dur, chauve, au regard bleu acier. David, était petit, ramassé et grande gueule. A ses heures perdues, il était scaphandrier et à le voir se moquer de moi, je n’avais qu’une envie, lui couper l’arrivée d’air. Teddy était également du genre taquin, mais plus cool. Il était Guadeloupéen, arrivé sur l’Ile d’Yeu lorsqu’il avait 3 ans avec son père. Aujourd’hui, c’était un enfant du pays.

Loïc s’est arrêté de rigoler le premier. C’était un beau garçon, fin, avec un air toujours un peu absent. Il paraît que c’est celui qui aimait le plus son île, tous les autres le reconnaissaient.

– Bon, j’ai dit. Sérieux, je repose ma question. Est-ce qu’il y a des jolies filles ici ? Sébastien a repris son souffle, puis il s’est mis à réfléchir profondément.

– Ouais, peut-être quelques-unes… Mais enfin, c’est pas fameux.
Derrière son comptoir, le patron a dû considérer qu’il était de son devoir d’intervenir.

– Dîtes, les gars, vous exagérez un peu. Vous oubliez la petite Chiffoleau, non ? Parce que elle, pour être mignonne…

Il aurait annoncé que la pêche était interdite que ça n’aurait pas eu autant d’effet. Loïc a baissé la tête. Sébastien, David et Teddy ont regardé chacun de leur côté. Même David qui semblait être le plus intrépide des quatre a soudain refermé ses bras autour de sa poitrine comme s’il avait froid et comme personne ne retrouvait la parole, j’ai demandé : « C’est qui cette fille ? ». Mais ce n’était pas la peine d’attendre quoi que ce soit. A côté de moi, Loïc était scotché sur son verre, la mâchoire crispée.

–  C’était une fille de l’île, a fini par lâcher Teddy.

–  La plus belle, a rajouté Sébastien.

–  Pour ça, oui, on peut dire que c’était la plus belle, a terminé David la mine grave.

Je les ai regardés l’un après l’autre. On aurait dit quatre anciens combattants accablés par le souvenir d’une bataille perdue.

–  Pourquoi est-ce que tu dis qu’elle était ? Elle est…morte ?

–  Non, a dit Sébastien en se frottant le haut du crâne. Elle a quitté l’île d’Yeu il y a quelques

années pour travailler sur le continent. Le patron s’est approché.

–  Elle a fait des études dans l’hôtellerie et depuis deux ans, elle travaillait dans un hôtel de luxe à Singapour. C’est son père qui me l’a raconté.

–  C’est logique, son père tient un hôtel, a ajouté Loïc qui venait de se réveiller. Les autres ont levé la tête. Visiblement, ça les intéressait.

–  Et vous savez quoi ? a continué le patron, son père, j’ai discuté avec lui pas plus tard qu’hier.

–  Et alors, a demandé Sébastien avec un air méfiant.

–  Oh, pas grand chose. Il m’a juste dit qu’elle rentrait. D’ailleurs, ça se pourrait même

qu’elle arrive ce soir au bateau de 20 h !

Laura Chiffoleau était la fille du propriétaire de l’Hôtel Mélia, situé de l’autre côté de l’Ile tout près de la Pointe des Corbeaux. Visiblement, elle était d’une beauté exceptionnelle qu’elle devait à son père, Jean, un homme du pays et de sa mère, Pilar, une espagnole originaire de Barcelone qu’il avait rencontrée lors d’un voyage alors qu’elle n’avait que 22 ans.

David m’a fait rire. Il s’est mis à parler comme un poète : « Au soleil levant, sa peau est douce comme du lait. Dans le soleil couchant, elle devient tellement ambrée qu’on a l’impression de voir l’Espagne ! ». Il m’a dit que si je la rencontrais, ma vie ne serait plus jamais comme avant. « C’est facile, m’avait également raconté Sébastien, elle a les plus jolis pieds du monde. ».

Il fallait bien qu’ils soient tous un peu timbrés pour me parler de cette Laura Chiffoleau de cette manière. Et de fait, tout le monde était visiblement très atteint, parce que le soir-même aux environs de 19h30, Sébastien, David et Teddy faisaient le pied de grue devant la Gare Maritime, et aussi trois ou quatre autres types qui avaient dû avoir vent de l’affaire. Loïc était là, bien entendu, mais il attendait un peu en retrait. Je me suis approché des gars.

–  Qu’est-ce que tu fais là, a grogné David ?

–  Ben comme tout le monde a l’air amoureux de cette fille, j’ai répondu sur un ton badin,

j’ai pensé que…

–  Laisse tomber, m’a coupé Teddy. Tu ne peux pas comprendre.

Au loin, le trimaran approchait et pendant que les autres essayaient de se trouver une position discrète, je me suis collé à Teddy pour qu’il essaie de m’expliquer. L’histoire était finalement très simple : Laura Chiffoleau était plus belle que la plus belle de toutes les filles que l’Ile d’Yeu ait jamais portée. Lui et les autres la connaissaient depuis qu’ils étaient gamins. Ils avaient grandi avec elle, ils avaient été à l’école avec elle, ils avaient joué avec elle, ils avaient découvert à travers elle ce que le corps d’une femme pouvait provoquer. Ils l’avaient aimée, ils en avaient rêvé, ils s’étaient battus, ils avaient épuisé leurs corps, mais personne ne l’avait jamais eue.

–  En fait, personne ne l’a jamais eue sur cette foutue île ! s’est énervé Teddy. A croire qu’elle nous détestait. Elle sortait bien avec des mecs du continent pendant les vacances, mais nous, que dalle !

–  Ben ça alors, j’ai dit, franchement désolé. Et Loïc ? Pourquoi est-ce qu’il fait cette tête ? Teddy a regardé par dessus son épaule. Loïc était un peu plus loin, appuyé contre un lampadaire.

–  Loïc, c’est encore pire. C’est lui qu’elle a toujours préféré. On y a tous cru, mais ça ne s’est jamais fait.

–  C’est moche, j’ai dit en essayant de ne pas rire. Au fond, tout cela était dramatiquement comique. Et maintenant ? Pourquoi est-ce que vous êtes là et qu’est-ce que vous espérez encore ?

Il a planté ses grands yeux clairs dans les miens et il a dit :

– La voir. Juste la voir.

Dans son regard, il y avait une résignation infinie, mais au fur et à mesure que le bateau se rapprochait, j’ai vu la petite étincelle d’un espoir désespéré se mettre à reprendre vie.

Quelques instants plus tard, la zone d’arrivée de la gare maritime était noire de monde. Nous étions mi-septembre, il faisait particulièrement chaud et les touristes étaient encore très nombreux à se rendre chaque jour sur l’île. Sébastien et David avaient disparu, Loïc était toujours posté en retrait, alors je suis monté sur un plot en béton pour avoir une meilleure vue et j’ai commencé à scruter la scène.

Oh, il ne m’a pas fallu longtemps pour la reconnaître ! Laura m’est apparue au milieu de la foule comme une sorte d’évidence. Je n’avais jamais vue une seule image d’elle, mais je ne pouvais pas me tromper : ses cheveux tirés en arrière sur son visage d’un ovale parfait, ses grands yeux noirs étincelants, sa silhouette élancée, portée par des escarpins ouverts fins et dorés et mise en valeur par une petite combinaison kaki, fermement tenue par une large ceinture. C’était bien elle et j’ai compris pourquoi les gars étaient prêts à s’infliger le supplice de la revoir.

Sébastien est réapparu. Il s’est arrêté juste devant moi.

–  Alors, qu’est-ce que ça te fait de la voir ?

–  J’ai l’impression d’entendre de la musique, j’ai dit sans pouvoir la quitter des yeux. C’est comme si un orchestre jouait sur son passage ! Il a rit.

–  Je sais, ça me fait la même chose. Depuis quelques années, ça s’était calmé dans ma tête, mais là, je crois que c’est reparti pour un moment.

Ensuite, il s’est passé quelque chose d’étrange. Une sorte de méchante fausse note dont j’ai perçu l’arrivée sans réaliser tout de suite ce qui se déroulait. Laura s’était approchée de l’endroit où les passagers récupèrent leurs bagages tandis que de l’autre côté, David s’avançait. Le téméraire ! Il s’était visiblement décidé à aborder Laura. Je me suis demandé ce qu’il avait prévu de lui dire, du style « Tiens, salut, t’es de retour ! Comment ça va ?… », mais j’ai vu son élan stoppé net. A quelques mètres de lui, Laura venait de se relever, son sac de voyage à la main et soudain, à côté d’elle, vraiment à côté d’elle, exactement contre elle, il y avait un grand type blond, immense, large comme deux Sébastien réunis. Elle a tourné la tête vers lui, elle lui a parlé et en retour, il l’a embrassée. Un baiser tendu, sec comme un coup de feu. J’ai crié : « Oh, c’est qui ce type ! », mais personne ne m’a répondu. Surtout pas Loïc, dont j’ai aperçu la silhouette qui s’éloignait en courant. Loin, très loin.

De retour à mon hôtel, un simple deux étoiles sur le port avec chambre donnant sur l’arrière, j’ai essayé de dormir parce qu’il était prévu que nous embarquions quelques heures plus tard pour une dernière séance photo, mais, allongé sur mon lit, je n’ai fait que revoir dix fois de suite la scène de l’arrivée de Laura, rejouant sans cesse chacun de ses mouvements. C’est vrai qu’elle était très belle. Quel âge avait-elle ? 25, 26 ans ? Sans doute autant que Loïc, David et les autres. Je me suis senti un peu vieux, mais pas tant que ça et l’idée de me confronter à une fille de cette trempe ne m’a pas parue si extravagante ; au fond, j’avais pour moi l’expérience et c’est très certainement ce qui avait manqué à Loïc : un peu de jugeote, un peu de connaissance de ce que sont les femmes pour réussir à s’imposer.

Penser à Loïc m’a mis un coup. Je me suis dit : « Tout de même, le pauvre ! Comme la situation est cruelle. Il aura beau courir, il n’ira jamais assez loin pour échapper à cette fille et les contours de l’île le ramèneront immanquablement à elle et à son Viking». Je l’ai revu, ce grand type blond en train d’embrasser Laura. Ça m’a achevé. Je me suis tourné sur le côté avant de me précipiter aussitôt dans un sommeil inconfortable.

A 4h du matin, le port de pêche avait des airs d’un monde souterrain baigné de lumière artificelle. J’avais mal partout, j’avais froid et j’étais quasiment certain d’avoir oublié une partie de mon matériel. Le bateau sur lequel on allait embarquer s’appelait « L’Argo » et son patron était un type étonnant qui avait passé une partie de notre première sortie en mer à me parler de la sonde Rosetta qui avait parcouru plus de 6 milliards de kilomètres dans l’espace pour atteindre la comète Tchoury et y déposer son petit module Philaé.

– Ça fait réfléchir, tout de même, non ? il m’avait demandé.

Je lui avais fait remarquer que je trouvais assez « incongru » de la part d’un patron de pêche de s’intéresser aux comètes, mais il m’avait regardé avec un air plein d’une très grande déception, pauvre terrien que j’étais : « Faut que je vous parle de poissons pour vous intéresser ? ». Comme je tenais à rentrer vivant, je n’avais pas insisté.

David et Teddy sont arrivés les premiers. Malgré sa baffe du début de soirée, David parlait fort et il m’a gratifié d’un « Alors, le photographe, t’as pas oublié tes pellicules ? », ce qui était sa façon de ne pas montrer qu’il était blessé. Sébastien a embarqué quelques instants après eux, concentré, son chapeau vissé bien bas sur son front. Puis Loïc est arrivé et ça m’a soulagé. Un moment, j’ai eu peur qu’il ne vienne pas.

Mer calme, lune lumineuse, la sortie s’annonçait paisible. Je suis resté un moment sur le pont à regarder l’océan, tellement fatigué que le ronronnement du moteur a bien failli m’endormir. Les gars préparaient maintenant leur matériel en silence, même David n’avait plus assez de répondant pour continuer de brailler. L’épisode du début de soirée devait être dans toutes les têtes. Loïc surtout avait une mine effroyable, son visage complètement fermé, les mâchoires bloquées ; je l’ai même vu s’énerver sur une écoute qu’il n’arrivait pas à attraper.

Le capitaine a balancé un ordre qui nous a sortis de notre torpeur. Les gars ont commencé à s’affairer. J’ai saisi machinalement mon appareil photo et je me suis mis à shooter un peu au hasard.

–  On dirait que ça ne va pas être fameux ce matin, m’a dit le capitaine en passant près de moi.

–  De quoi ? j’ai répondu. La pêche ?

–  Non, tes photos. Ils ont leur tête des mauvais jours.

Comme Loïc n’était pas loin, j’ai fait signe au capitaine et on est rentré dans la cabine.

–  C’est à cause de la fille Chiffoleau, j’ai expliqué, certain que je n’aurais pas besoin de trop en dire. Elle est rentrée sur l’île d’Yeu ce soir.

–  Oui, je suis au courant.

–  Vous la connaissez ?

–  Le pape y connaît Jésus ? Il paraît même qu’elle était avec son nouveau fiancé. Ça ne m’étonne pas que les gamins soient secoués.
Il a sorti la tête de la cabine et il a interpellé Loïc qui errait sans rien faire.

–  C’est quoi l’histoire avec Loïc, j’ai demandé quand il est rentré ?

–  Justement, il n’y a pas d’histoire ! Loïc et la fille Chiffoleau, c’était une romance toute tracée, mais c’est une question de direction : je pense qu’elle avait envie de découvrir le monde alors que lui, plus attaché à son île, y’a pas. Son grand-père était pêcheur, j’ai travaillé avec son père, maintenant c’est le fils qui travaille sur mon bateau. Quand la petite lui a expliqué qu’elle voulait tenir un hôtel à l’étranger, en Chine ou je ne sais pas où, le gamin ne s’est même pas demandé s’il pouvait la suivre, il a dit non, jamais de la vie. Alors elle est partie et lui il est resté. Fin de l’histoire.

–  C’est triste, j’ai dit.

–  Le pire, c’est que j’ai l’impression qu’il est seulement en train de comprendre ce qu’il a fait et

encore, je n’en suis pas certain…

Maintenant, j’avais pitié de lui. Loïc était à l’arrière du bateau, le regard perdu dans le vide. On aurait dit une mouette désorientée qui se serait posée là en attendant de retrouver ses esprits.

–  Ça va ? j’ai demandé.

–  Pourquoi ça n’irait pas ?

–  Oh, c’est bon, j’ai dit. On peut discuter un peu. Je t’ai vu tout à l’heure quand elle est descendue du bateau.

–  Et alors, quoi ? il a continué d’un air bravache.

–  Et alors…je ne sais pas. J’imagine que ça doit remuer de la revoir, non ?

Je me suis posté à côté de lui au bord du bastingage ; sans trop savoir ce que je faisais, j’ai esquissé une génuflexion et nous avons communié en regardant l’horizon en espérant que quelque chose allait transpercer les nuages pour nous éclairer.

–  Pfff…, il a haussé les épaules avant de se replonger dans sa contemplation. Qu’est-ce que tu veux que je te dise, c’est comme ça, c’est tout.

–  C’est quand même dommage. Les gars m’ont raconté que toi et elle…

–  Moi et elle, ça n’existe pas, il m’a coupé. Elle et les gars de cette île, ça n’existe pas. Tant pis si on est pas assez bien pour une fille comme elle.

J’ai essayé d’apercevoir ses yeux, mais il tenait son profil contre le vent en essayant de paraître inflexible. C’est là que je me suis dit : « Petit con ! ». Après tout, tu l’as laissée filer cette fille. Comment peut-on seulement laisser filer une fille pareille ? Comment peut-on être aussi idiot pour ne pas la retenir ? A son âge, moi j’aurais tout quitté pour elle ! Je l’aurais suivie au bout du monde. Au lieu de cela, voilà le pauvre Loïc qui se réveille le jour où sa chance repasse devant lui pour bien lui faire comprendre que c’est sa dernière danse et qu’elle ne reviendra plus.

– Ouais, j’ai dit. N’empêche qu’on m’a raconté que vous vous entendiez bien, non ? Ça doit être dur de la voir revenir avec un autre homme…

Loïc a pris la phrase comme un retour de voile en pleine figure, mais c’était trop rude pour qu’il réponde.

–  Qu’est-ce que tu vas faire ? j’ai demandé.

–  Ce que je vais faire, il s’est posé la question à voix haute ? Tu veux dire maintenant qu’elle est là, sur l’île ? Ben, je vais tâcher de l’éviter.

Je l’ai laissé et il m’a fallu deux ou trois grandes respirations face au vent pour faire disparaître le goût de ma méchanceté. Je ne sais pas ce qui m’avait pris, je l’aimais bien ce petit gars.

David a soudain déboulé à côté de moi, son ciré jaune luisant dans la lumière de spots.

–  Alors, qu’est-ce qu’il dit le Loïc ?

–  Rien, ça va aller.

–  De toute façon, on est tous un peu fous avec cette fille. Mais on ne va quand même pas quitter notre île parce qu’elle est rentrée. Et puis quoi, dans 10 jours elle sera repartie, après basta, on y pensera plus. Tu crois pas, hein, le photographe ?

Je l’ai regardé bien droit dans les yeux. Tu parles que je te crois, mon gars ! Ton regard tangue encore plus que le bateau.

Notre sortie en mer marquait la fin de ma semaine sur l’île d’Yeu. J’avais photographié l’équipe de David dans toutes les situations possibles et malgré la distraction et le trouble provoqués par le débarquement de Laura, j’avais accumulé un stock de photos largement suffisant pour m’assurer une belle parution.
J’aurais donc dû prendre le bateau du soir.
Mais j’ai finalement changé mon billet au dernier moment. Il me semblait que je ne pouvais pas laisser l’équipe dans cette situation et je dois dire que l’idée de quitter l’île sans revoir Laura au moins une fois était assez perturbante.
J’ai appelé mon patron : « Il me manque quelques clichés essentiels pour bien retranscrire la réalité de leur dur métier…bla bla bla…oui, c’est ça, lundi ou mardi…je fais au mieux…juste une dernière sortie et je rentre… ». S’il avait refusé, j’aurais inventé une tempête tropicale rendant la traversée impossible. Mais il a dit oui. Une rallonge d’un week-end, c’était déjà ça.

Le samedi matin, j’étais dans les ruelles de Port-Louis en train d’échafauder une stratégie pour me rendre à l’hôtel des parents de Laura où j’espérais avoir une chance de la rencontrer, juste pour voir, et j’essayais de trouver comment justifier une visite ? Pour une photo ? Mais quel rapport avec les pêcheurs ?

J’avais finalement résolu d’y aller et d’improviser sur place, quand le ciel s’est soudain ouvert devant moi et des trompettes célestes se sont mises à résonner tout autour : Laura, là, seule, marchant le long du port, ses cheveux toujours tirés en arrière en une magnifique queue de cheval, une robe brillante, un immense cabas sur l’épaule masquant la moitié de son corps (mais dont je reconstituais immédiatement les courbes de mémoire). Oui, le ciel était avec moi et je me suis béni d’être resté.

Je l’ai suivie pendant près de 20 minutes. Les hommes se retournaient tous sur son passage. Je n’avais pas mon téléobjectif avec moi, juste mon petit boîtier de voyage et c’était dommage : au 800 mm, j’aurais pu l’avoir sous toutes les coutures ; avec mon modeste 105, la chasse devenait sportive. Il fallait que je m’approche au maximum.

C’est justement parce que j’ai voulu tenter une photo de face qu’elle m’a repéré. J’aurais pu jouer l’innocent ou détaler comme un voleur, mais j’étais pris, alors je l’ai laissée venir.

–  Vous m’avez prise en photo ? elle m’a demandé d’un ton sec.

–  Oui.

–  Pourquoi ?

–  Parce que je vous trouve très belle.

–  Oh, c’est pas vrai ! Vous êtes malade.

–  Je suis désolé.

–  Ouais, c’est ça. Vous voulez bien l’effacer, s’il-vous-plaît ?

–  Quoi ?

–  La photo.

–  Non, je ne peux pas.

–  Pourquoi ?

–  J’ai envie de la garder.

Ce n’est pas que je jouais les braves, c’est juste que j’étais sincère.

– Allez vous faire foutre ! elle m’a lancé avant de s’éloigner.
En colère, elle était magnifique, mais derrière sa réaction violente, je savais qu’elle avait retenu mon compliment et c’est tout ce qui comptait. Il m’avait fallu à peine 15 secondes pour lui dire que je la trouvais belle. J’étais fier de moi. J’ai crié :

– Laura ! Elle s’est arrêtée net.

– Comment est-ce que vous connaissez mon nom ?
Ça y est, je l’intriguais. Je l’avais ferrée. Je me suis approché, plus près que je ne l’avais jamais été.

–  J’étais là quand vous êtes arrivée hier soir.

–  Et alors ?

Alors, je lui ai tout raconté. Le reportage photo. Les gars. Comment ils parlaient d’elle. Comment ils étaient venus l’accueillir dans le simple espoir de la voir. Je compatissais, je disais : « Hé oui, les pauvres !… En arriver à un telle extrémité ».
Elle a levé les yeux au ciel.

– C’est pas vrai, mais c’est pas vrai. Ils ne s’arrêteront jamais. Et puis, après un temps :

– Est-ce que Loïc était avec eux ?
J’ai acquiescé, l’air profondément navré par l’évocation de cette cruelle vérité.

–  En même temps, je me doutais bien qu’en revenant sur l’île, j’allais finir par les croiser à un moment ou un autre. Mais je ne pensais pas que ce serait aussi tôt. Et les voilà, fidèles à eux-mêmes !

–  On peut dire fidèles à vous. Ça l’a fait sourire. J’étais un génie !

– Est-ce que je peux vous offrir un café, s’il-vous-plaît ? j’ai demandé poliment. J’avoue que cette histoire m’intrigue énormément.

Voilà comment Laura et moi nous nous sommes retrouvés autour d’un café, mais c’est seulement en entrant que je me suis aperçu de ma méprise : j’étais retourné dans le bar où les gars et moi étions réunis deux jours auparavant. Le patron nous a vus rentrer. Il a dévisagé Laura, puis il a jeté sur moi un regard intense et interminable, comme si, maintenant que nous avions franchi la porte de chez lui, le temps n’avait plus de prise. Au fur et à mesure qu’il s’assurait que c’était bien moi, l’expression de son étonnement s’est mêlée d’une bonne dose d’agressivité. C’était trop tard, j’étais fait : dans une heure, tout le monde sur l’île serait au courant et s’ils me voyaient avec elle, David et les autres n’hésiteraient pas à me lester de plomb et à me balancer à l’arrière de leur chalutier.

On a commandé deux cafés sous le regard lourd des clients. Laura devait être habituée parce qu’elle ne semblait pas y prêter attention.

– David m’a raconté que vous n’étiez jamais sortie avec aucun d’eux, est-ce que je peux vous demander pourquoi ?

Les lèvres de Laura ont esquissé un sourire crispé.

Est-ce qu’à votre avis il fallait que je sorte avec chacun d’eux ? Je n’étais pas leur propriété !
Non, j’ai répondu doucement. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je voulais dire que deviez bien vous douter qu’ils étaient tous…amoureux de vous.

Ce n’est pas ma faute. Et vous imaginez bien ce qui se serait passé si j’étais sorti avec l’un et pas l’autre, ça aurait été la guerre ! Mais de toute façon, la question ne s’est jamais posée, je n’en avais pas envie, c’est tout.
Même avec Loïc ?

Même avec Loïc.
pas convaincu et ça me chagrinait. Elle a repris :

Loïc, c’était peut-être un peu différent. Mais il n’a jamais su penser qu’à sa pêche, à son île. Aller sur le continent, c’était déjà un supplice pour lui alors vous pouvez imaginer qu’il n’allait pas me suivre à Singapour. Ça, je l’ai toujours su.
C’est bien Singapour ?

Extra, oui.
Vous allez y retourner ?

Ses grands yeux sombres se sont plantés droit dans miens et j’ai compris que je touchais le point crucial de notre discussion. Pour la première fois, je n’ai plus pensé qu’elle était seulement très belle mais qu’elle était aussi une jeune femme complexe et captivante.

–  Non. Je reprends l’hôtel de mes parents. On va le transformer en établissement de luxe avec un groupe d’investisseurs Singapouriens.

–  Donc vous revenez vous installer sur l’île, je me suis étonné ? Je croyais que vous étiez partie conquérir le monde.

–  C’est vrai, mais le projet ici est intéressant.
Ainsi, elle redevenait la plus belle fille de l’île d’Yeu. C’était vertigineux !

–  Je croyais pourtant que vous en aviez assez de toujours entendre parler de l’île, de la pêche. L’île d’Yeu vous manquait ?

–  Il faut croire.
Elle a haussé ses fines épaules comme si cette explication se suffisait à elle-même. J’ai continué :

–  Et votre fiancé s’installe ici avec vous ?

–  Oh ! Sven ? Il est danois. On s’est rencontré à Honk-Kong.

–  Vous imaginez qu’il va se faire à la vie d’ici ?

–  On verra bien. Ma mère était bien espagnole.

J’ai terminé mon café. Il me semblait que tout était dit. L’évocation de son fiancé sur un ton aussi léger résonnait en moi comme la plus belle révélation de la journée : rien n’était joué. Laura n’était pas aussi fiancée qu’on voulait bien le croire et tout restait possible.
Elle a regardé sa montre.

– Bon, je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. Cette histoire doit bien vous faire rire. Au fait, comment est la photo que vous avez prise tout à l’heure ?

Je lui ai montrée. Elle n’était pas parfaitement cadrée et il devait y avoir un léger flou parce que je l’avais surprise en mouvement, mais sa beauté illuminait littéralement l’image. Laura se penchée sur le côté pour regarder l’écran et je me suis rendu compte que je pouvais presque la toucher.

– Pas mal. On sent que c’est votre métier. Elle m’a envoyé un sourire délicieux.

–  Merci, j’ai bredouillé. Est-ce que vous voulez que je l’efface ?

–  Non, gardez-la, elle m’a dit en plissant ses yeux d’une façon qui m’a fait me sentir tout fragile. Elle est très réussie.

J’ai observé longuement l’entrée du port : c’était pour moi la porte de sortie. D’ici un jour ou deux, j’étais condamné à la franchir pour rejoindre le continent et j’avais beau trouver cela injuste maintenant que je connaissais Laura, je savais que je n’y couperai pas.

– Merde ! j’ai dit tout haut.

Il était évident qu’on allait très bien ensemble et notre discussion m’avait laissé une multitude de signes en ce sens. Son Sven n’était visiblement qu’une façade, un pauvre type qu’elle se plaisait à traîner avec elle comme une sorte d’épouvantail chargé d’éloigner les types trop curieux. Ça ne tiendrait pas, comment pouvait-on imaginer un suédois ou un finlandais, que sais-je, s’acclimater à l’Ile d’Yeu ?

J’ai retourné la situation dans tous les sens, ma confiance était à son comble : Laura n’était pas une citadelle imprenable et je la prendrai !

Cette certitude m’a accompagnée une partie de la journée, et c’est seulement au milieu de l’après- midi, alors que je planquais dans la camionnette de Sébastien devant l’hôtel des parents de Laura – comme personne ne semblait l’avoir prévenu de mon café du matin avec elle, je m’étais dépêché de lui emprunter son véhicule en prétextant l’envie d’une dernière balade sur l’île–, que l’idée m’est revenue en pleine figure. J’allais partir. Loïc, lui, il restait. Et ce qui valait pour moi valait aussi pour lui, avec qui plus est l’avantage de l’antériorité. C’était grave, même très dangereux, car qui pouvait savoir ce qui allait se passer : tôt ou tard, ils finiraient bien par se revoir, et là ?…

J’ai démarré en trombe et j’ai roulé en direction de chez Loïc. Il habitait Saint-Sauveur chez ses parents et c’est d’ailleurs son père qui m’a accueilli.

–  Alors c’est vous le photographe, il m’a dit en me serrant la main ? Vous venez pour des photos ?

–  Non. Je passais voir Loïc. Je pars demain.

–  Ah ! Ben lui aussi.

Comme je n’avais pas l’air de comprendre, il s’est tourné en direction de la maison en me la montrant avec le pouce.

– Loïc vient de nous annoncer qu’il partait. – Où?

–  En Norvège.

–  En Norvège ? Mais pour quoi faire ?

Loïc est sorti quelques instants après, traînant derrière lui deux gros sacs de voyage et visiblement déterminé à ne pas rater son départ. Je me suis écarté pour le laisser passer.

–  Il faut que je retrouve ma parka, il m’a expliqué sans même prendre le temps de me dire bonjour.

–  Tu t’en vas, j’ai répondu ?

–  Oui.

Je l’ai suivi jusque dans son garage.

– En Norvège ?

Il s’est mis à fouiller dans une armoire.

–  Oui, j’ai un oncle qui est installé là-bas dans une grosse usine de pêche. Il m’a dit qu’il me prenait, alors j’y vais.

–  Et ton patron ici ?

–  Il m’a dispensé de mon préavis. Il n’aura pas de mal à trouver quelqu’un pour me remplacer.

–  Et David, et les autres ?

–  Ils sont grands.

Il a traversé le garage dans l’autre sens, une parka rouge sur l’épaule et il m’est passé devant. Lui non plus n’avait pas entendu parler de ma rencontre avec Laura. J’ai posé ma main sur son épaule pour le retenir.

– Mais pourquoi est-ce que tu pars ?
Il m’a regardé avec beaucoup de délicatesse, comme s’il voulait éviter de me faire de la peine.

– J’ai laissé filer un peu de mou avant de continuer.

A ton avis ?

C’est à cause de cette fille ?
Il paraît qu’elle va se marier. Tu imagines le truc : Laura en robe de mariée devant la chapelle de la Meule ? Moi, je ne peux pas lutter. Je ne pensais pas que ça me ferait tant de mal de la voir avec ce type, alors comment veux-tu que je reste là. L’Ile est bien trop petite pour nous deux, je ne veux pas risquer tomber nez-à-nez avec elle à chaque coin de route.

première fois que Loïc me parlait autant !

Qui t’a dit qu’elle allait se marier ?
David. Il a entendu qu’elle revenait ici pour ça.

J’ai réfléchi pendant qu’il déballait son sac et commençait à le nettoyer. Quel pouvait être le degré de véracité de cette nouvelle et cela remettait-il totalement en cause mon analyse ? L’idée que Laura se marie était plausible, bien que je penchais plutôt pour le résultat d’une hystérie collective, ou au moins l’interprétation un peu hâtive de la présence du grand blond à ses côtés. Peut-être même que David avait volontairement exagéré pour sauver Loïc de toute illusion, ou le pousser à fuir. Pour prendre sa place ? J’ai failli le rassurer; j’ai failli lui dire qu’il se trompait et que rien n’était perdu, mais heureusement, je me suis souvenu de la raison pour laquelle j’étais là.

– Je suis désolé Loïc, j’ai dit. C’est vrai. Elle va se marier.

Lorsque j’ai ramené la camionnette à Sébastien, David et Teddy étaient là. Ils m’attendaient à l’endroit où ils savaient que je reviendrai et j’ai tout de suite compris qu’ils étaient au parfum pour mon rendez-vous avec Laura. J’ai coupé le moteur, j’ai sauté à terre et j’ai pris les devants pour éviter de me faire lyncher.

–  Ecoutez, les gars. Ne vous méprenez pas, je peux tout vous expliquer.

–  C’est pas joli que tu as fait, m’a dit David en passant son bras autour de mon cou et en m’attirant fermement contre lui. On t’a accueilli ici et le premier truc que tu fais, c’est nous faire un petit dans le dos.

–  On n’imaginait pas ça de ta part, m’a soufflé Teddy.

–  C’est même très moche, a ajouté froidement Sébastien.

« Laura, c’est pas votre propriété ! », j’ai failli leur hurler dessus. Chacun est libre de tenter sa chance et si vous croyez que vous avez la moindre chance, vous vous fourrez le doigt dans l’œil, les gars. Mais David me tenait si fort contre lui que je n’ai rien pu dire.

– Faudrait voir à ne pas rater ton bateau, il a conclu. Ça ne souffrait aucune discussion.

Le lendemain soir, j’ai retrouvé Loïc à la gare maritime. David, Sébastien et Teddy étaient là, et même s’ils attendaient un peu en retrait, c’était certainement pour s’assurer que je ne manquais pas le départ. Ils ont fait un signe de la main et Loïc leur a répondu avec un petit sourire gêné. Adieu les amis ! Une fois installé dans la cabine, il semblait plutôt soulagé d’être là.

–  Ça va, tes parents, j’ai demandé ?

–  Pas de souci. Mon père m’a dit que la pêche en mer de Norvège, c’est incroyable. Je crois qu’il est fier de moi…

L’heure du départ allait sonner lorsqu’une dernière passagère est montée et, cherchant une place, s’est approchée de nous.

– Vous permettez, elle a demandé ?

Loïc a levé les yeux et il a naturellement dit oui. C’était une petite dame charmante, aux yeux verts et aux cheveux libres. Elle a répondu merci d’une manière exquise et enjouée et elle s’est assise.

–  Hé bien, j’espère que ça ne va pas trop brasser pendant la traversée, elle a ajouté en se penchant très légèrement vers Loïc.

–  Pourquoi, vous avez peur en bateau ? il s’est interrogé.

–  Peur ? Non ! Mais c’est-à-dire que je n’aime pas trop être bousculée !

Je n’ai rien pu dire du voyage. Loïc et cette petite dame n’ont pas arrêté de parler, et je vis à Paris, et je suis venue voir des amis sur l’île d’Yeu, et vous jeune homme, vous partez en Norvège ! Comme c’est étonnant, mon Dieu quelle vie vous devez avoir sur vos petits bateaux de pêche… Oui, madame, c’est vrai qu’il faut être solide pour faire ce métier là, pensez donc, quand on remonte 500 kg de poissons à la force de bras ! Ah la la…racontez-moi encore, c’est passionnant. Mais il faudra passer me voir à Paris quand vous rentrerez, vous me promettez !…

En arrivant à Fromentine, la petite dame nous a serré la main puis elle s’est engouffrée dans un taxi. Loïc lui a fait un signe bien longtemps après qu’elle soit partie et j’ai eu à ce moment précis la certitude que la Norvège n’allait pas lui plaire longtemps.

–  Je te dépose, j’ai demandé ?

–  Non, merci. J’ai un pote qui doit venir me chercher. Je vais quelques jours à Nantes et après… Bon, ben, merci. A un de ces jours, il m’a dit. On s’est serré la main.

–  Sympa la dame, j’ai ajouté.

–  Ouais.

–  Faudra passer la voir à Paris.

–  Ouais.

Mais il ne m’écoutait plus, il était ailleurs.

Cela fait trois mois que j’ai quitté l’Ile d’Yeu. Je n’ai pas eu de nouvelles de Loïc, mais je ne m’inquiète pas pour lui, en Norvège ou à Paris, il vit sa vie.

Mes photos sont parues et je dois reconnaître qu’elles sont assez réussies. Mon patron m’a même félicité. J’ai simplement dû faire passer ma première séance pour celle que je suis sensé avoir rajoutée à la fin de mon séjour. « Tu as bien fait de rester, on sent une émotion vraiment différente dans cette dernière série », il m’a dit. « Merci patron », j’ai approuvé sans rire.

Depuis, j’essaie de lui vendre l’idée d’un nouvel épisode sur l’Ile d’Yeu. « Ça serait formidable ! », je n’arrête pas de lui dire. Il faut que j’y retourne. Mais il se demande si on ne devrait pas viser plus haut : « La pêche en Atlantique Nord ou tout près du Groenland ! Tu as un contact là-bas tu m’as dit, non ? Ton petit gars, Loïc, c’est ça ? Tu te rends compte comme ça aurait de la gueule !».

Non. Pas si loin. Pas aussi loin de l’Ile d’Yeu.

De toute façon, même s’il ne m’y renvoie pas, je m’en fous, j’ai déjà réservé une semaine de vacances au printemps prochain. A l’hôtel Mélia. Ça va me coûter un bras, mais ce n’est pas grave. Laura, je regarde sa photo tous les jours. J’en ai fait des copies un peu partout pour ne pas la perdre. Non, je ne veux pas la perdre.