Souvenirs d’ enfance – Maryse Turbé

Souvenirs d’ enfance – Maryse Turbé

                               Souvenirs  d’ enfance

 

Je pousse le portail rue du moulin du camp , le grand verger se pose là avec toutes ses variétés d’arbres Fruitiers , figuiers , pruniers , pommiers , reine -Claude , mirabelles ,cerisiers ,un jardin de paradis sur terre avec son grand puits , le soleil qui filtre à travers les branches crée un parfum  de mystère

C’est la période de la cueillette notre grand- mère Marie- Josèphe a besoin de petites mains pour la récolte mes sœurs et moi sommes pleines  d’ enthousiasmes , les guignes vont être  équeutées puis mises à macérer dans l’eau de vie , digestif  réservé aux femmes , et aux enfants pour les grandes occasions , tous les fruits n’iront pas dans les paniers , nous nous gorgeons de vitamines comment ne pas dépasser le stade de petite fille

La récompense après cette journée de riche labeur , c’est de nous retrouver autour d’une table gourmande car grand- mère est très bonne cuisinière ,et plus encore pâtissière , tourtière aux pommes du verger  cela va de soit , carré Breton au beurre celui avec la Fleur de Lys dessus pour elle c’est le meilleur  , riz au lait qu’elle nous saupoudre de chocolat en poudre pour rire dit -elle  chaque fois … je n’ai jamais su pourquoi .

Dans la grande cuisine la pompe  dans l’évier il faut souvent la réamorcer , la cuisinière à charbons est imposante mais indispensable pour la bonne cuisson de toutes ces gourmandises

L’heure tant attendue d’ aller se coucher , 2 grands lits dans une chambre unique celui de grand-père et de grand-mère . Le grand lit à rouleaux haut perché pour ma sœur et moi je suis obligée de me hisser sur la pointe des pieds ,mes jambes sont encore bien courtes  et je dois m’agripper à l’édredon de plumes d’ oie qui recouvre le sommier pour me hisser et là !!! que du bonheur la couette est moelleuse comme le nid d’un oisillon . A peine sous ce duvet chaud que  le sommeil m’emporte je suis bercée par de jolis rêves  je m’envole ! vole ! vole !

Rue Gâte- bourse avec papa mon petit batiot sous le bras nous nous dirigeons vers le jardin je vais être chargée de semer les pommes de terre , un  moment privilégié qu’il me fait partager  car son  bateau est au port pour le désarmement  , les marins sont bien des hommes de la mer , mais lequel n’a pas son lopin de terre ,un clapier , un poulailler et même parfois des  cochons qui seront tués  et cuisinés en prévision de l’hiver . Mais là , c’est plutôt chez nos grands – parents de St Sauveur , l’occasion pour nous de retrouver nos oncles et tantes , cousins  cousines , nous pouvons profiter du grand jardin  il y a un petit cours d’eau  tout au fond ,un énorme  néflier , de joyeuses parties de cache-cache se déroulent

Un soir feu d’artifice nous avons mis des coques de noix dans la grande cuisinière à charbons et la cheminée en a été ramonée , nous sommes sortis un peu affolés  dans la rue , les voisins  aussi , nous avons failli appeler les pompiers

L’année tire à sa fin , nous voici en décembre  nous avons installé la crèche les décorations crées par nos soins avec nos maîtresses d’école , Ce soir c’est  la veillée de Noël  , le souper du réveillon  est bien consistant car il va nous falloir tenir jusqu’à minuit  , pour combler l’attente nous faisons des parties de jeux de société  en jouant au nain jaune , aux cartes  , aux petits chevaux . aux dames

Avant de partir nous disposons nos souliers  près de la crèche et du sapin , nous avons pris soin de les faire briller et surtout nous n’avons pas oublié de glisser notre petite liste décorée au père Noël  ce sera au retour que nous découvrirons nos cadeaux

Les cloches se mettent à carillonner nous nous apprêtons en nous couvrant chaudement pour aller assister à la messe de minuit , nous retrouvons la rue Gabriel  Guist’hau , la rue des mariées , les gens sortent des maisons comme nous tout emmitouflés .

Dès le porche de l’église  Notre Dame du Port , les sons de l’orgue nous invitent à rentrer , la crèche est très belle  , quel écho et quelle ferveur la messe et ses chants de Noêl si mélodieux , les anges dans nos campagnes , minuit chrétien ! ils  nous transportent !!!

A la sortie ,nous sommes surpris de gros flocons de neige  commencent à tomber , nous pressons le pas pour retrouver la chaleur dans la maison familiale , et maman ,qui n’a pas pu nous accompagner elle nous a réservée une belle surprise ce 24 décembre 1957, une petite sœur est née peu avant minuit , le plus merveilleux des cadeaux de Noël  !!!!

Qui donnera l’idée à papa d’appeler son futur bateau de pêche «  les quatre sœurs «